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La Veillée de Noel
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La Veillée de Noel le 24 décembre au Temple avec le conte
Conte de Noël par Daniel Lados
Barnabé est un jeune garçon qui vit dans un petit village nommé Rama. Il est orphelin et rend de nombreux services aux villageois afin de gagner un peu d’argent pour se nourrir.
Il vit dans une cabane très modeste au milieu des champs. Le matin, quand il voit le soleil embraser le ciel, il se dit qu’il irait bien voir de plus près ce phénomène incroyable et toute la journée il pense à tout un tas d’aventure épique à la rencontre de ce majestueux soleil. La nuit, regardant le ciel et toutes ces étoiles qui brillent, il se demande comment tout cela peut rester suspendu là-haut et qui a bien pu imaginer et créer autant de beautés et d’harmonie. Barnabé vient de fêter ses sept ans avec un morceau de pain, quelques dattes et des étoiles plein les yeux.
Aussi les jours passant, Barnabé a de plus en plus envie de partir découvrir le monde. Il commence petit à petit à réunir tout ce qui est nécessaire à son voyage, un morceau de pain, un morceau de fromage bien dur pour ne pas le manger trop vite, quelques dattes et raisins sec, une outre en peau de chèvre que lui a donné un de ses employeurs et surtout sa fronde qui lui permettrai de chasser et aussi de se défendre car il devrait certainement traverser un désert. Des histoires racontent que d’étranges créatures habitent les déserts. Certains les appellent démons ou djinn qui vous piègent dans des sortes d’illusions et qu’ainsi vous pouvez vous perdre et mourir de soif. D’autres histoires affirment que dans le désert se trouve un trésor inestimable.
Notre balluchon est prêt. Barnabé fait le tour du village pour annoncer son départ, pour expliquer les aventures extraordinaires qui l’attendent mais la plupart des villageois se moquent de lui : « il ne se passera pas trois jours avant que tu ne sois revenu !».
Un matin, Il regarde autour de lui, comme pour dire au revoir à ces collines verdoyantes, ces montagnes au loin, ces sentiers qu’il avait parcouru de nombreuses fois. Il sent une vague de nostalgie le submerger, presque douloureuse, car il aime profondément cette terre, ses racines, sa cabane. Il ferme les yeux, se calme et décide qu’il est temps de partir.
C’est avec un pas ferme et décidé que Barnabé entreprend son voyage. Au fil des jours il rencontre beaucoup de gens qui sont fascinés par ce garçon qui ose quitter son village pour découvrir le monde. Le soir contre un repas, il raconte son aventure, en exagérant un peu parfois, à une assistance médusée. Parfois il doit s’arrêter quelques jours pour gagner un peu d’argent pour poursuivre son chemin. Un soir qu’il vient d’établir son campement, une couverture et un petit feu joyeux entre trois pierres et alors qu’il mange un morceau de pain trempé dans un peu d’huile avec du thym et un peu de sumac, il voit arriver, venant de l’est, de drôles de personnages richement vêtus qui discutent entre eux joyeusement.
Ils s’arrêtent à la hauteur de Barnabé et trouvant son campement bien établi, ils lui demandent s’ils peuvent passer la nuit ici et lui proposent un morceau de fromage en échange de son hospitalité. Barnabé est trop contant d’avoir des compagnons pour la nuit, c’était plutôt rassurant. Intrigué par leurs vêtements et leur comportement il leur demande d’où ils viennent ?
« Barnabé, c’est un voyage extra-ordinaire qui nous a conduit devant un Roi, le Roi des Juifs. Nous avons du suivre une étoile pour y arriver et nous rentrons chez nous en faisant un petit détour.»
« j’ai déjà entendu parler des juifs et je ne savais qu’ils ont un roi, qu’a-t-il de singulier ? »
« quand nous l’avons rencontré, il venait de naître et pourtant nous nous sommes agenouillés devant lui, nous lui avons offert tous ce que nous avions de plus précieux et nous sommes repartis le cœur léger »
« en fait cette rencontre nous a bouleversé, il y a un sentiment étrange qui est né en nous, une espérance dans ce qu’il va accomplir, une espérance qui nous rend particulièrement gais. »
Ils continuent à discuter ainsi toute la nuit et presque jusqu’à l’aube.
Barnabé est très intrigué par cette histoire. Il y a donc un Dieu qui a créé tout ce qu’il connait y compris sa petite personne. Et ce Dieu vient d’envoyer son fils sur terre pour sauver les hommes ! Dans sa tête se bousculent tout un tas de questions et ses compagnons d’un soir ont déjà repris leur route.
Le plus étrange, c’est que l’on peut parler à ce Dieu grâce à un procédé qu’ils ont appelé la prière. Barnabé essaie à plusieurs reprises car il a beaucoup d’interrogations, mais il ne reçoit pas de réponse. Il pense qu’il s’y prend mal et se dit que dans le fond ça lui fait une nouvelle histoire à raconter.
La végétation se fait de plus en plus rare et Barnabé marche sous un soleil de plomb. Il doit économiser son eau car il trouve moins de source. Il parle tout haut, s’adressant à ce Dieu qui ne répond pas mais ce n’est pas grave car cela lui fait du bien. Il a le sentiment étrange d’être écouté. Il a le compagnon de voyage idéal, discret et attentif. Sans s’en apercevoir, au fil des kilomètres, à la tombée de la nuit, Barnabé pénètre dans le désert. Perdu dans ses pensées il continue à marché sous la voûte étoilée. Puis se rendant compte qu’il n’y a plus de chemin, il décide d’établir son campement. Il ne trouve point de bois pour faire un feu et doit se recroqueviller dans sa couverture pour une nuit pleine de bruits mystérieux, de cris étranges et angoissants.
Il se réveille au petit matin au milieu d’un paysage extraordinaire. Autour de lui s’étend, aussi loin qu’il peut voir, des étendus de sables et de cailloux dans une palette de couleurs ocres et jaunes sous un ciel rougeoyant. L’horizon semble onduler comme porté par une mer invisible. Çà et là quelques arbustes maigrichons tentent de survivre. Barnabé se hâte pour se remettre en route prenant la direction de l’est, mais sans point de repère, il sait qu’il lui sera difficile de garder le cap. En chemin, il se met à chercher des traces de passage de caravanes ou de voyageurs mais n’en trouve point. Le soleil est au Zénith et il fait très chaud. Barnabé décide de faire une pause. Avec son bâton et sa couverture il forme une sorte de tente sous laquelle il se glisse et malgré la soif finit par s’endormir.
Pendant son sommeil il fait des rêves bizarres. Il se retrouve dans un palais, assis sur un trône, recevant la visite d’étranges animaux qui parlent. Ainsi un lion flamboyant s’agenouille devant lui et lui offre de devenir son garde du corps. Un éléphant fait une entrée tonitruante et après s’être incliné lui propose de le transporter partout où il veut se rendre. Des dromadaires chargées d’or de pierres précieuses déchargent leur tribus à ses pieds, des panthères, enveloppées dans des voiles transparents, dansent de façon langoureuses, d’élégants patas lui apportent des fruits de toutes sortes. Barnabé ne comprend pas toute cette sollicitude et se demande qu’est ce qu’il a bien pu faire pour cela lorsqu’un serpent majestueux s’avance et lui demande :
« – Cher Barnabé, nous sommes honorés de ta présence. Nous aimerions te demander une faveur.
– une faveur ? Comment pourrais je refuser ? Répondit Barnabé
– veut-tu être notre Roi ?
– Je ne suis qu’un pauvre paysan et j’ai horriblement soif! »
Le palais s’estompe pour faire place à un magnifique jardin au centre duquel il y avait une fontaine d’où jaillit une eau claire et cristalline. Barnabé se penche pour boire de cette eau limpide et tombe dans un vide obscur. Il se retrouve sur un sol à la fois mou et ferme. Il se frotte les yeux et voit au dessus de lui scintiller les étoiles, il fait nuit et une brise fraîche effleure son visage. Tout prêt, il y a un feu qui crépite joyeusement auprès duquel un jeune homme assis en tailleur semble méditer.
« tu es réveillé ? Ça fait plusieurs jours que tu dors, tu avais de la fièvre et tu étais desséché comme une vieille figue »
Barnabé reprend conscience, se redresse, met une main dans sa barbe pour réfléchir. Ses rêves d’enfant ont disparus. Beaucoup de temps s’est écoulé depuis son départ et il ne sait plus très bien quoi faire. Il se présente et remercie son sauveur.
« – Connais tu le Roi des juifs ? demande-t-il
– Veux tu parler de ce Jésus le nazaréen, certains disent qu’il est le Messie, d’autres que c’est un prophète, un guérisseur. Pourquoi le cherche tu ?
– je ne pensais pas que je le cherchais mais j’aimerais bien le rencontrer car il paraît qu’il a le pouvoir de nous transformer.
Le jeune homme réfléchi un instant
– nous transformer en quoi ? En lézard ?
– non, je pensais plutôt à notre façon de regarder le monde et ceux qui l’habitent.
– Je vais faire un bout de voyage avec toi pour sortir de ce désert et dès que nous arriverons aux premières habitations, tu pourras te renseigner auprès des villageois. C’est aussi à ce moment là que nos routes se sépareront. »
Ils continuent à discuter ainsi jusqu’au petit matin. Quand le soleil appairait à l’horizon, nos voyageurs se mettent en route. Le jeune homme semble connaître chaque brindille du désert, l’emplacement des puits, comment attraper ces sauterelles qui sont délicieuses. Il enseigne à Barnabé comment survivre dans ce lieu apparemment hostile et ils ont de longues discussions souvent le soir quand la fraîcheur vient. Ils peuvent aussi marcher de longues heures sans dire un seul mot.
La végétation commence à apparaître ça et là, quelques arbustes d’abord, puis des zones verdoyantes autour de grands arbres. Ils aperçoivent aussi quelques chèvres.
Non loin de là, sous un figuier des hommes discutent. Nos deux compagnons décident de se séparer ici.
« – je regrette de ne pas avoir trouvé ce trésor dont on m’avait parlé, lança Barnabé un peu triste.
– tu l’as peut être trouvé mais tu ne le sais pas encore, répondit le jeune homme tout en s’éloignant avec un geste d’adieu. »
Barnabé se dirige vers le groupe de paysan pour les saluer, ils s’assoient autour d’un feu improvisé et préparent du thé. Barnabé commence à raconter son voyage et leur demande :
– j’ai cru comprendre que le dieu des juifs a envoyé son fils et que celui-ci est connu comme Roi, Messie, Prophète et guérisseur, l’auriez vous rencontré ?
– comment pourrait-il être tout cela ? lança l’un d’eux
– est-il juif ? demanda un autre
– il y a bien un homme qui semblait très pieux et qui est parti dans ce désert il y a plusieurs lunes. dit encore un autre
les discussions vont bon train et chacun apporte ce qu’il a oui dire, cru entendre, entrevue à travers les histoires que les voyageurs leur laissent.
Ils expliquent à Barnabé que les juifs vont bientôt fêter la pâque qui est une grande fête religieuse et que beaucoup de pèlerins se rendent à Jérusalem à cette occasion.
Barnabé aurait bien aimé partir pour cette Jérusalem qui semble magnifique mais ses vêtements sont sales et déchirés. Il lui faut donc travailler pour pouvoir finir son voyage. Il leur demande si il est possible pour lui de travailler et ils décident de l’emmener au village pour lui présenter les personnes qui peuvent l’embaucher.
Barnabé ne met pas longtemps à se faire des amis, il est vite apprécié de ses employeurs car il est travailleur et ne se plaint jamais. Il commence à gagner un peu d’argent et s’achète de nouveaux vêtements et de nouvelles chaussures. Il ne lui reste plus qu’à économiser encore un peu pour les frais du voyage.
Un jour, un dénommé Hiram, un des propriétaires qui l’emploie le convoque :
– Barnabé, cela fait plus de 17 lunes que tu travailles pour moi et j’en suis satisfait. Je te propose de devenir mon contremaître et mon gendre.
– votre gendre ?
– tu choisiras parmi une de mes filles, elles sont toutes bien faites et bien élevées.
– C’est à dire que je dois faire une sorte de pèlerinage d’abord. C’est pour cela que je travaille si dur. Je dois aller à Jérusalem pour rencontrer le Roi des juifs. Hiram réfléchi un instant.
– nous pourrions partir ensemble, je pourrais faire quelques achats et ramener de beaux tissus pour ma femme et mes filles. Qu’en penses-tu ?
– c’est trop d’honneur que vous me faites, mais je ne saurais refuser une si bonne attention. Nous pourrons apprendre à nous connaître en chemin étant donné que vous voulez que je rentre dans votre famille.
Dès le lendemain, ils s’équipent pour le voyage, choisissent deux ânes robustes et partent gaiement en direction de Jérusalem.
Jérusalem est une ville incroyable ! Barnabé n’a jamais vu autant de maisons, les rue sont bondées de monde, marchands, femmes et hommes qui semblent courir dans tous les sens et quelques militaires romains qui patrouillent.
Des rires, des cris, des gens qui s’interpellent, que de bruit !
Et les odeurs ! Odeurs d’épices, de parfums qui se mélangent mais aussi des odeurs particulièrement désagréables.
Barnabé et Hiram décident de se poser dans une auberge avant de se séparer.
– bonne chance Barnabé dans ta quête !
Barnabé part dans un dédale de ruelle, sans savoir vraiment où aller. Il finit par déboucher devant un bâtiment majestueux entouré de murs percé de plusieurs portes. Des hommes y entrent et en sortent discrètement. Barnabé s’approche de l’un d’eux et lui demande :
– Bonjour, je m’appelle Barnabé et je viens de loin pour rencontrer le Roi des juifs.
– le Roi des juifs ? répète l’inconnu en levant un sourcil. Et il a un nom ce roi ?
– Jésus le nazaréen, je crois ; répondit Barnabé
L’homme sort un bâton et frappe violemment Barnabé qui s’enfuit à toute jambe ne comprenant pas ce qui lui arrive.
– psitt, psitt, par ici !
Barnabé se retourne et voit un homme qui lui fait signe de le rejoindre. Il l’invite à entrer dans une maison à l’allure modeste.
– qu’est qui te prend de parler de notre seigneur aux juifs ! Tu veux mourir !
Barnabé lui fait part de son incompréhension et lui raconte toute son histoire.
– il faut être prudent aujourd’hui. répond l’homme
Il fait asseoir Barnabé et lui prépare du thé. Comment lui dire ?
– Barnabé, celui que tu cherches a été cloué sur la croix à la demande des prêtres juifs. Ils ne le reconnurent pas comme Roi, ni comme Messie. Aujourd’hui ses disciples se nomment chrétien. Si tu as un peu de temps, je vais t’expliquer.
Barnabé est dépité.
– Vas y, je t’en prie continue.
Alors l’homme reprend son monologue. Il lui raconte les miracles, les discussions à la synagogues, les Apôtres. Il lui raconte les traîtrises, la pâques, le procès. Il lui raconte le calvaire, la croix, le tombeau vide. Il lui raconte Emmaüs, Thomas, la résurrection.
Barnabé écoute en silence, perdu dans ses pensées. A la fin, il prend congé poliment et part par les ruelles. Il sort de la ville et sans le savoir se dirige vers le Golgotha. Arrivé au sommet, il s’assoit sur un gros caillou et se met à pleurer.
Pourquoi ai je mis autant de temps pour ce voyage ? Jamais plus je ne pourrais le rencontrer.
– Pourquoi pleures-tu ?
Barnabé se retourne et voit une femme tout de noir vêtue, portant un châle sur la tête qui le regarde avec compassion. Il voit aussi qu’il est assis au pied d’une croix de bois. Il se redresse d’un bond et répond :
– j’ai fait un très long voyage pour le rencontrer et je viens d’apprendre qu’il a été cloué sur une croix comme celle-ci !
– celle-ci ! dit la femme d’une voix douce.
– si tu es ici, repris t’elle, c’est que tu l’as rencontrer et que tu le rencontreras encore.
Barnabé regarde la croix vide, défaite et sourit. Il se rappelle des mages, de cette espérance qu’ils avaient au cœur. Il remercie la dame et descend la colline en sifflotant.