prédication de Jean-Pierre Julian
1 Corinthiens 3 v 1 à 23
Les charnels et les spirituels
Sœurs et frères en Christ,
Jalousie quand tu nous tiens !
Il y a du rififi dans les labours dans la communauté de Corinthe. Communautés que Paul a fondées. D’où cette liberté de ton de sa part car il les connait personnellement. L’objet de ce passage se résume ainsi : il y a donc de la Jalousie et des querelles entre eux puisque certains se réclament d’appartenir à l’Apôtre Paul et d’autres à Apollos un autre évangéliste. Des querelles, des disputes éclatent et mettent en évidence des Jalousies qui se révèlent au grand jour au sein de la communauté. La jalousie entre êtres humains n’est jamais de bon augure dans la Bible. La jalousie peut entrainer un individu à basculer dans le meurtre. Combien de féminicide ont lieu dans notre pays à cause de cela. Nous avons dans la Bible l’histoire de Caïn et d’Abel en Genèse 4. L’un et l’autre décident d’apporter une offrande à Dieu, celle d’Abel reçoit un regard favorable de Dieu pas celle de Caïn. Alors la Jalousie commença à ronger le cœur de Caïn et malgré la sollicitation de Dieu qui s’approcha de lui et l’encouragea à dominer cette jalousie. Caïn alla tuer son frère Abel sans dire un mot. Donc lorsque la jalousie pointe le bout de son nez dans notre intériorité, nous devons être extrêmement vigilent pour ne pas la laisser s’installer en nous. Car lorsqu’elle s’installe dans notre intime, elle devient la servante d’un désir de posséder tout ce qu’elle voit, elle grandit puis elle finit par nous envahir, nous dominer en laissant libre cours à cette violence qui peut jaillir des profondeurs de notre être.
Les charnels
L’Apôtre Paul va rappeler aux Corinthiens l’enseignement qu’ils ont reçu et qu’ils ont oublié ou mal compris. L’Apôtres Paul leur dit : « Je n’ai pas pu vous parler comme à des spirituels mais comme à des charnels, comme à des petits enfants en Christ » Cette seule parole mérite quelques explications. Aux yeux de Paul cette communauté réagit comme des petits enfants en Christ, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas allés assez en profondeur en eux-mêmes pour découvrir le Christ qui vit en chacun d’eux. Car s’ils étaient allés plus en profondeur en eux-mêmes à la rencontre du Christ vivant, ils auraient discerné que les querelles et la jalousie qui les ont envahies ne viennent pas de Christ qui vit en chacun d’eux, mais seulement d’eux-mêmes. Tout en étant en Christ Jésus, ils sont toujours des petits enfants en Christ nous dit l’Apôtre, puisqu’ils se laissent dominer intérieurement par les querelles et la jalousie. Cette seule remarque de Paul est un encouragement pour que cette communauté devienne adolescente en Christ, puis adulte en Christ. Mais avant cela, les Corinthiens doivent approfondir les paroles de L’Apôtre Paul. Que veut-il dire lorsqu’il les nomme comme étant des charnels et non des spirituels ? Une personne charnelle dans les lettres de l’Apôtre Paul c’est tout être humain qui ne vit qu’en lui-même, que par lui-même et que pour lui-même. C’est tout être humain qui se passe de Dieu, qui estime ne pas avoir besoin de Lui, qui pense que nous pouvons vivre sans Lui. Bref, nous sommes tous des charnels. En effet, depuis notre plus tendre enfance nous vivons en nous-même, pour nous-mêmes et par nous-mêmes. Nous vivons tous dans ce cloisonnement intérieur. Les charnels que nous sommes, nous aimons nous nourrir de notre propre parole, dit autrement nous aimons nous écouter parler, penser. Les charnels que nous sommes, nous sommes attentifs à l’image qu’ont les autres de nous-mêmes et de l’image que nous avons de nous-mêmes. Et c’est à cause de cela que nous vivons pour nous-mêmes. En effet, avoir une belle image de soi nous semble tellement primordial. Et cela devient de plus en plus nécessaire dans ce siècle de l’image et des réseaux sociaux dans lequel nous vivons. Ce cloisonnement intérieur dans lequel nous vivons, nous les charnels, fait que nous sommes souvent notre propre étalon de mesure, notre propre sagesse. Nous vivons par nous-mêmes. Je le répète, nous sommes tous des charnels. Ce n’est ni mal, ni bien. C’est un fait. Nous pouvons bien entendu considérer que cela est normal, que c’est la vie ! Et vivre ainsi jusqu’à notre dernier souffle. Nous pouvons aussi ne plus supporter d’être le jouet de nos désirs contradictoires, de nos mensonges pour nous sortir de situations délicates, des blessures que nous avons occasionnées et de celles que nous avons reçues. Nous pouvons ignorer cela et être dans le déni du mal commis et du mal reçu. Nous pouvons.
La mort en Christ des charnels
Mais à quoi bon continuer ce chemin qui nous conduit à chaque fois vers une impasse ? Pourquoi ne pas suivre le chemin de Jésus Christ, notre Seigneur ? Pourquoi ne pas poser nos pas dans les siens ? Lui qui nous a revêtu de son être, Lui qui a subi la crucifixion et nous avec Lui, puisqu’Il nous a revêtu de son être, aussi étonnant que cela puisse paraitre. En effet, Paul dans la lettre aux Galates nous dit : « Quant à moi, je ne mettrai ma fierté en rien d’autre que dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ par qui le monde a été crucifiés pour moi comme je le suis pour le monde ». Jésus Christ a subi la crucifixion. C’est un fait, c’est indéniable, mais c’est aussi le monde qui a été crucifié pour nous comme nous pour le monde. C’est aussi un fait. Mais comment cela est-il possible ? Tout simplement parce que le Christ nous nous a revêtu de son être, aussi étonnant que cela puisse paraitre. Le processus ne s’arrête pas à la crucifixion, il se continu dans Sa mort et se révèle pleinement dans Sa résurrection, puisqu’il nous a revêtu. Lui qui a pris notre péché, qui a vécu la mort à cause de notre péché, et nous avec Lui, puisqu’il nous a revêtu de son être aussi étonnant que cela puisse paraitre. Voilà donc que l’humanité de Dieu en Jésus Christ subit et vit la crucifixion et la mort pour nous. Pour certains, oser dire cela c’est pure folie, pour d’autres c’est un scandale, un blasphème, une hérésie. Il me semble qu’il nous est impossible, même en le disant, de mesurer ici la profondeur de l’Amour de Dieu pour notre humanité. Un silence musical s’impose devant un tel acte de Sa part. (Silence). Mais ce n’est pas tout. Car Jésus Christ est sans péché, nous dit l’écriture. Un être sans péché est Celui qui est en communion profonde et permanente avec le Père. Cet être sans péché a pris notre péché et il est mort à cause de notre péché, mais comme il nous a revêtu, nous avons vécu, grâce à lui, spirituellement parlant, la mort au péché, la mort de cette rupture de communion avec le Père, puisqu’il nous a revêtu de son être, aussi étonnant que cela puisse paraitre. Mais ce n’est pas tout, car La mort ne pouvait retenir celui qui est sans péché. Il s’est réveillé des morts et comme il nous a revêtu de son être, nous voilà nouvelles créatures en Lui, par Lui, pour Lui. Nous sommes dorénavant en Lui, en Christ Jésus, le crucifié/ressuscité des morts. C’est un fait. C’est un acte de Dieu. C’est pour cela que l’Apôtre Paul ose cette parole incroyable dans la lettre aux Romains : « Considérez-vous comme étant mort au péché et vivant pour Dieu en Christ Jésus »
Les spirituels
Les spirituels que nous sommes, avons donc intégrés que nous appartenons à Jésus Christ crucifié. Il est le Seigneur. Il est l’humanité de Dieu révélée au monde entier. Nous apprenons à nous nourrir de Sa Parole, nous sommes dans l’apprentissage de l’écoute de Sa Parole, nous vivons en Lui. Nous contemplons son image avec les yeux de la foi, lui le crucifié ressuscité des morts, Lui notre véritable image et ressemblance. Lui que nous adorons, que nous glorifions. Nous vivons pour Lui. Lui qui vit en chacun de nous. Lui que nous apprenons à Aimer selon Son Amour, Lui qui nous donne son Souffle Saint afin que nous le respirions. Nous vivons par Lui. Lui qui vient bientôt. Nous appartenons tous à Jésus Christ crucifié, le ressuscité puisque nous sommes en Christ, une nouvelle créature. C’est un fait. C’est une décision irrévocable de Dieu. L’Apôtre Paul ne désire pas que les corinthiens restent des charnels, des petits enfants en Christ. Il espère que les Corinthiens, tout comme nous, prenions la mesure de l’Amour de Dieu pour toute l’humanité. L’Apôtre prend les corinthiens par la main pour les conduire plus en profondeurs en eux-mêmes. Il leur dit : « Que personne ne mette donc sa fierté, sa confiance dans des êtres humains. » En effet, mettre sa fierté, toute sa confiance en un être humain s’est risquée de devenir un idolâtre. Et notre siècle de l’image nous encourage à mettre notre fierté, toute notre confiance en un être humain voir même en nous-mêmes, afin de nous idolâtrer. Du temps de l’Apôtre Paul les corinthiens mettaient leur fierté, leur confiance en Paul, en Apollos. Ils faisaient de Paul et d’Apollos des idoles. Ils devenaient idolâtres et en devenant idolâtres, au sein de leurs communautés ils défendaient le ministère de leurs idoles qui avait pour nom Paul ou Apollos. Des querelles éclatent, de la jalousie s’invite et la communauté ne vit plus pour Jésus Christ crucifié mais pour l’individu qu’elle défend, pour l’idéologie qui la domine, pour la belle image qu’elle pense utile pour être bien vu dans le monde dans lequel elle vit. L’Apôtre Paul remet en question ici toute sagesse humaine du monde qui a la prétention d’un quelconque savoir. Il cite même un psaume qui dit : « le Seigneur connait les pensées des sages. Il sait qu’elles sont vaines. » Certains sages ont la prétention de détenir un savoir, de le posséder et d’être en capacité de délivrer un savoir. Tous les sages n’ont pas eu la lucidité de dire comme Socrate : « Je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien. » D’où cette expression étonnante de l’Apôtre « Que personne ne fonde sa confiance sur des humains car tout est à vous ; Paul Apollos, le monde, la vie ou la mort, le présent ou l’avenir, tout est à vous ; Et vous, vous êtes à Christ et Christ est à Dieu. »
Tout est à vous, mais vous, vous êtes à Christ et Christ est à Dieu.
Tout est à vous dans le sens qu’il n’y a rien que nous ne possédons pas, déjà. Tout nous est déjà donné, offert, puisque nous sommes en Christ et que Christ est à Dieu. Il n’y a rien à acquérir, à convoiter par nos yeux. Il n’y a rien de caché. Tout nous est révélé en Jésus Christ et par Jésus Christ crucifié notre seule sagesse. Nous sommes déjà propriétaires de tout car notre vocation en Christ Jésus par l’Esprit Saint est de prendre soin de la terre et de tous les êtres vivants. Paul et Apollos sont les témoins du Dieu vivant, ils sont dons de Dieu pour nous, comme nous le sommes pour d’autres. La vie et la mort nous sont donnés car l’une et l’autre sont dans les mains de Celui qui est la Vie, de celui en qui nous sommes, par qui nous vivons et pour qui nous vivons. Le présent et l’avenir nous sont donnés pour le remplir de la présence de l’Esprit Saint qui habite en chacun de nous. Tout cela n’est possible que parce que nous appartenons au Christ, tout cela se réalise parce que Christ appartient à Dieu. Amen.