3ème dimanche du Carême
Lectures bibliques :
- livre de l’Exode chapitre 17 versets 3 à 7
- Evangile de Jean chapitre 4. versets 5 à 42
Il y a des rencontres dans la vie qui nous marquent profondément. Certaines d’entre elles nous invitent à changer radicalement d’orientation. Elles permettent de découvrir ce que nous n’avions jamais vu, accepté ou compris auparavant ! Des rencontres qui remettent en question notre savoir et même nos connaissances sur Dieu. Avez-vous déjà rencontré des pasteurs, des frères et des sœurs dans la foi pour parler de Dieu, non d’une manière théorique, mais existentielle, par des témoignages de foi, une catéchèse vivante, une communauté fraternelle. C’est souvent le cas dans la rencontre, la prière, la louange, l’étude des textes bibliques que germent l’assurance que tout est donné sans condition par Dieu.
Dans notre récit, cette rencontre-là n’aurait jamais dû avoir lieu.
Cette femme, une habitante de Samarie, préfère affronter la chaleur accablante pour éviter les regards et les jugements des autres femmes qui viennent normalement tôt le matin. Elle, elle préfère attendre que le soleil soit au zénith pour avoir l’assurance de ne croiser personne et combler sa soif dans la solitude. Pas de chance ! Un homme est là, aux bords du puits de Jacob.
Pire, ce juif ose l’interpeller en lui demandant à boire. Croiser son regard, lui parler, boire à la même cruche, la Samaritaine reçoit cette requête d’abord comme provocation incroyable ! Que veut cet étranger ? Pourquoi remet-il en question ce statu quo où chacun doit rester chez soi ? D’un dialogue insolite mêlé d’incompréhension, devient alors une confession de foi bouleversante pour se poser la question essentielle en finale : serait-ce le Christ ?
Un dialogue déconcertant se noue entre cet homme et cette femme que tout sépare, par leur culture, leurs traditions, leur spiritualité…. Un face-à-face où tout est mis à plat, les préjugés et leur certitude, la solitude affective de cette femme mise à l’écart de sa communauté. Les rôles sont inversés ! Jésus lui propose maintenant une eau vive ! qui désaltère l’âme pour reconnaître le don de Dieu dans sa vie : si tu connaissais le don de Dieu et celui qui te dit : donne-moi à boire… Jésus invite cette femme à faire un cheminement de foi et de vérité sur sa vie. Maintenant, la Samaritaine demande à boire ! Les ambiguïtés demeurent dans ce dialogue entre deux eaux. Comment cet homme pourrait-il puiser, sans un seau ni une corde ? Malgré ces moqueries, la femme s’ouvre peu à peu à la parole de Jésus. Elle révèle ce qu’elle cachait au départ : sa solitude affective, sa vie tourmentée avec ses cinq maris qui se sont succédé.
Dans son histoire dévoilée, elle reconnaît en Jésus plus qu’un prophète ! Il la pousse à déplacer son adoration vers le Père et non plus sur des hauts lieux sacrés, mais à reconnaître le Messie pour créer une relation personnelle avec le Père en esprit et en vérité.
Telle est la promesse qui se réalise à nouveau aujourd’hui pour chacun de nous !
Elle prend conscience peu à peu que son attente messianique s’incarne dans la parole de cet homme. Sa confession à cœur ouvert la libère, elle discerne que Jésus est bien plus qu’un prophète. Reconnaître le don de Dieu, c’est accepter la parole libératrice de Jésus, non basée sur les traditions que la Samaritaine connaît bien, mais sur une confiance à partager et à saisir pour ceux et celles qui ont soif d’une vie nouvelle.
Une eau vive, comme celle du baptême qui efface le poids du péché pour se laisser immerger dans la grâce de Dieu. Pouvons-nous accepter ce don comme une grâce dans notre vie ? Cette capacité à déposer nos peurs et nos certitudes pour découvrir la puissance de l’amour de Dieu pour chacun.
En fin de cette histoire, les disciples partis à la ville pour acheter de la nourriture n’ont rien vu, ni compris de l’échange entre Jésus et la Samaritaine. Jésus aurait-il déjà reçu à boire et à manger ? Pour lui, la vraie nourriture spirituelle est de faire la volonté de son Père et d’accomplir la mission qui lui est confiée.
Serait-ce le Christ ?
Cette question est ouverte pour la Samaritaine. La parole bouleversante de Jésus a libéré cette femme de sa solitude et de sa souffrance. Ses secrets ne sont plus un fardeau. Elle, qui fuyait les regards, devient un témoin à découvert du Christ. Elle abandonne sa cruche, pour partager cette eau vive que Jésus offre et elle invite les gens de la ville à venir le voir et à répondre à son appel : Serait-ce le Christ ? Plus rien ne la sépare des autres dans son humanité, ni dans son statut de femme.
Jésus restera plusieurs jours dans ce village et beaucoup changeront de vie après cette rencontre inattendue.
Sur le chemin de ce troisième dimanche du Carême, la grâce nous est faite de comprendre l’expérience unique de la Samaritaine, qui est un renversement de toutes les valeurs que nous pouvons comprendre et accepter. Jésus vient aussi à notre rencontre, non en jugement de nos vies, mais dans un appel à la conversion de nos mentalités et de notre foi pour reconnaitre dès aujourd’hui sa présence vivifiante. Il est la source d’eau vive !
Serait-ce le Christ ? La question reste ouverte, à chacun et chacune d’y répondre. Dans notre chemin vers Pâques, quelle est notre faim et soif de Dieu ? Dieu nous relève par sa présence au bord de nos puits et nous donne sa grâce comme une eau vive.
La surprise de la foi est que sa parole chemine malgré nos faiblesses, nos incompréhensions et nos parcours chaotiques. Jésus les connaît et veut poser sur nous un regard bienveillant et une parole aimante.
En chemin vers le messie, puissions-nous aussi recevoir dans ces paroles une eau vive qui désaltère notre être, fortifie nos engagements et nous redonne l’espoir que l’amour de Dieu est plus fort que toutes les souffrances et la mort !
Avec la Samaritaine, nous découvrons que l’essentiel de la foi peut se produire au moment où nous ne l’attendions plus. Si nous savons accueillir et partager cette Bonne nouvelle, la vie que Dieu révèle prend alors tout son sens : C’est la grâce de Dieu qui nous humanise ! Qui nous réconcilie avec nous-mêmes, disait le théologien allemand Jurgen Moltmann. Cette Samaritaine a retrouvé sa dignité de femme, car son passé n’est plus sous le signe du jugement. Son présent devient une source jaillissante de reconnaissance de Dieu. Dans notre marche vers Pâques, à nous de saisir cette eau vive pour témoigner de l’Amour de Dieu aux membres de nos communautés au Cœur de l’Hérault, dans notre Région et jusqu’aux extrémités de notre terre.
Amen