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Prédication de Jean-Pierre JULIAN à Sète le 21 juin
Partage
dimanche le 21 juin au Lazaret à Sète
Ma vie ou la Sienne (Matthieu 10 v 34 à 39)
Introduction
Sœurs et frères en Christ,
Voilà des paroles qui peuvent nous mettre mal à l’aise. Alors que ce ne sont que des paroles libératoires. Nous sommes tous ici rassemblés, petits et grands, devant notre Dieu et Père au Nom de Jésus Christ et dans l’Esprit Saint. Et nous sommes tous dans cette juste compréhension que le Dieu en qui nous plaçons notre foi est Amour, Justice, Vérité, Lumière. En effet, il est tout cela est bien plus encore. Ceci dit, Matthieu nous dit que notre Sauveur est venu en Jésus Christ faire acte de séparation entre l’humain et son père, la fille et sa mère, entre la belle fille et sa belle-mère et notre Seigneur renchérit cela en disant : celui qui aime père ou mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi
Séparer de nos proches et vivre une amitié
Deux précisions s’imposent autour des verbes « séparer et aimer » qui sont utilisés dans ce texte. Précisions importantes afin d’éviter des contre sens. Jésus est donc venu faire un acte de séparation. Si vous êtes un habitué à la lecture de la Bible, votre mémoire vous rappelle que lors du premier récit du livre de la Genèse nous découvrons la Parole créatrice qui sépare la lumière des ténèbres. Lorsque la Parole créatrice sépare les éléments comme la lumière et les ténèbres c’est pour que Sa Vie se déploie dans Sa création, c’est pour que Sa vie rayonne dans tout ce qu’Elle fait exister. Si Jésus notre Seigneur, qui est la Parole créatrice faite chair, nous dit qu’il est venu pour séparer l’Humain de son Père et la fille de sa mère, c’est dans cette même compréhension, dans le même élan d’Amour. S’il réalise cette séparation c’est pour que Sa vie se déploie en chacun de nous ; c’est aussi pour que nous prenons conscience que cette vie propre que nous tissons entre nous depuis notre plus tendre âge, elle, n’a pas d’avenir. L’enjeu de ce texte tourne autour donc du terme vie. La question que nous pouvons nous poser suite à cela est celle-ci : Est-ce la Vie de notre Seigneur qui règne dans notre cœur, notre âme et notre force ou bien est-ce notre vie propre qui règne sans partage dans notre cœur, notre âme et notre force ? Vous aurez remarqué que cette même thématique est développée lorsque Jésus notre Seigneur dit : « celui qui aime (Phileo) père et mère plus que moi n’est pas digne de moi et celui qui aime (Phileo) fils ou fille plus que moi n’est pas digne de moi et celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi. » A la première lecture nous avons l’impression que Jésus nous met en concurrence avec nos proches. Le texte bien évidemment cherche à nous dire autre chose. D’autant que le verbe aimer qui est traduit de cette façon en français en grec est plus précis que cela. En effet Matthieu utilise le verbe « Phileo » ? Ce verbe insiste plus sur la notion de l’amitié. Il est donc question d’une proximité particulière avec une personne. Un ami est celui a qui l’on peut se confier tout en sachant que notre confidence sera bien gardée, elle restera dans le secret. C’est en partie pour cela que nous avons très peu d’amis dans notre vie. Ce que nous demande Jésus c’est qu’il soit notre meilleur ami, celui en qui nous nous confions, celui en qui nous pouvons tout dire en toute confiance, celui qui peut tout entendre et qui ne le révélera à personne. Nous sommes appelés à le considérer comme notre ami, notre confident prioritaire.
Notre vie et Sa vie
Ces deux précisions nous permettent d’entendre le texte autrement. Celui qui réclame notre amitié, nous sépare par le glaive tranchant de Sa Parole de cette vie propre qui nous caractérise. Il est venu pour nous apprendre à vivre de Sa vie, selon Sa vie. Pour que cela puisse se réaliser, Jésus notre Seigneur, nous annonce ici qu’il est venu couper tous les cordons ombilicaux qui alimentent cette vie propre qui nous caractérise tous. Le glaive de Sa Parole est donc venu mettre un terme à cette vie propre. Le Christ Jésus, notre Seigneur réalise cela sur la croix afin que Sa Vie prenne la première place dans notre être. Il y a donc une vie que nous cultivons depuis notre plus tendre enfance qui doit céder la place à une autre Vie. Cet autre Vie, c’est la vraie Vie, celle qui vient de la Parole de Vie, celle qui est Parole créatrice, celle qui s’est faite chair en Jésus le Christ. La bonne nouvelle c’est de découvrir qu’Il est venu parmi-nous pour nous donner Sa Vie afin que nous vivions dorénavant de Sa Vie. Tout cela à été rendu possible parce qu’il a assumé pleinement notre vie propre qui est désobéissance, rebelle, et se veut indépendante de la Sienne. Et en assumant notre vie propre dans sa pleine humanité en se faisant péché et en allant jusqu’à la mort, la mort de la croix. Il met fin à cette vie propre. Il nous sépare d’elle en nous offrant Sa Vie de par sa résurrection des morts. Et depuis lors, par la seule foi en son Nom, nous vivons de Sa Vie dans le ici et maintenant de nos vies. Nous marchons à sa suite. Car cela est déjà acquis. C’est un fait. Christ, le crucifié est réellement ressuscité des morts. De fait, cette nouvelle réalité, cette Vie de Christ en nous existe déjà au plus intime de nous-mêmes. C’est cette Vie-là qui est appelée à grandir en chacun nous de jour en jour pour occuper tout l’espace de notre être en marchant à sa suite. Nous y reviendrons.
Prendre sa croix Nous venons de revisiter cette parole de Jésus : « Ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre, je ne suis pas venu jeter la paix mais le glaive. Arrive maintenant cette autre parole de Jésus notre Seigneur nous disant de « prendre notre croix et de marcher derrière Lui. » La aussi, autour de cette expression « prendre sa croix » il y a beaucoup d’incompréhension et de contre sens. En effet, certains considèrent que prendre sa croix c’est faire de la souffrance un chemin de vie comme si cela allait nous rapprocher de notre Seigneur, Lui qui a subi l’injustice de la crucifixion. C’est pure folie que de penser cela. C’est promouvoir l’image d’un Dieu Masochiste. Ce n’est pas le Dieu que la Bible nous décrit. Pensée détestable qu’il nous faut rejeter radicalement. D’autres considèrent qu’ils vont devoir par eux-mêmes vivre une vie d’ascète et imposer à leurs corps, à leurs âmes, à leurs esprit une telle rigueur morale qu’ils seront ainsi en phases avec cette expression de Jésus « prendre sa croix » ou du moins qu’ils s’en approcheront le plus possible pour être digne de Lui. Ici l’individu décide, par lui-même, de devenir un ascète de la foi. C’est-à-dire qu’il considère que l’œuvre de Christ est incomplète, il vient donc apporter sa pierre à l’édifice, et ainsi ajouter, par sa propre force, par sa vie propre, un petit quelque chose en plus à l’œuvre de Christ. Comme s’il y avait quelque chose à ajouter en plus à l’œuvre du Christ sur la croix. Orgueil suprême de notre humanité qui se croit autre que ce qu’elle n’est : une créature et un enfant de Dieu par la seule foi en son Nom. Sœurs et frères en Christ, ces deux chemins sont une impasse et un contre témoignage.
Recevoir, prendre sa croix
Nous venons de préciser ce que n’est pas « prendre sa croix ». Maintenant précisons ce qu’est « prendre sa croix. » Il y a peu nous avons fait une distinction entre notre vie propre et la Vie du ressuscité. Et juste après cela nous avons approfondi l’importance de cette notion de séparation que le Christ introduit dans nos relations familiales et de la nécessaire amitié qu’il nous encourage à instaurer et cultiver avec Lui. Il y a donc notre vie propre et la Vie de Dieu, la Vie du crucifié/ ressuscité des morts. Notre vie propre est celle qui nous pousse à exister à nos propres yeux, aux yeux des autres et aux yeux de Dieu. C’est cette vie là que le Christ est venu remettre en question. Car cette vie là ne permet pas à Sa vie de régner en nous. Pour bien comprendre l’enjeu spirituel de cette expression « prendre sa croix » nous allons ajouter deux paroles qui nous viennent de l’Apôtre Paul. Il nous dit dans la lettre aux Galates (5v24) : « Ceux qui sont du Christ ont mis en croix la chair avec ses désirs et ses passions » Spirituellement parlant et humainement parlant, lorsque le Christ a été cloué sur la croix c’est toute l’humanité qui a été clouée sur cette croix. En ce sens que nous avons tous été crucifié sur cette croix. C’est un fait, cela a été réalisé une fois pour toute par Lui. Ceci dit, ce qui a été crucifié sur cette croix c’est donc la chair, notre vie propre. Il est donc inutile de continuer à vouloir exister dans ce monde avec cette vie propre, cette chair. Lorsque Paul dit que nos désirs et nos passions ont été crucifiés sur la croix, il ne fait qu’un constat. Je le répète : les désirs et les passions de l’humanité entière ont été crucifiés sur la croix par Jésus Christ, une fois pour toute. Mais attention, là aussi des contre-sens sont possibles pour ne pas dire légions. Premier contre sens sous forme de question : le christianisme, la foi chrétienne serait-elle contre le désir ? Surtout pas ! Nous sommes des êtres de désirs et il serait suicidaire de ne plus vouloir désirer. La question qui nous est posée ici est celle-ci : de quels désirs et de quelles passions parle l’Apôtre Paul ? L’Apôtre nous décrit cette vie propre qu’il qualifie de chair et qui produit « les œuvres de la chair ». « Les œuvres de la chair » dans le langage paulinien c’est tout désir et passions qui nous poussent à exister en nous-mêmes, par nous-mêmes et pour nous-mêmes dans le positif comme dans le négatif. Dans cette même lettre aux Galates Il nous décrits ces désirs et ces passions : « fornication, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, discordes, jalousie, accès de colères, rivalités, dissensions, factions, envies, beuveries, orgies et choses semblables à celles-ci. » (Galates 5 v 19 à 21). Ce qui est en jeu ici c’est donc cette vie propre qui n’est pas la Vie qui vient de Dieu lui-même. Cette vie propre qui nous caractérise tous est incapable de produire en elle-même, par elle-même, l’Amour selon Dieu, la paix selon Dieu, la douceur selon Dieu. Cette vie propre qui nous anime tous depuis notre plus tendre enfance est donc dans l’incapacité d’Aimer comme Dieu nous Aime. Elle en est incapable, elle ne peut pas obéir au commandement d’Amour de Dieu notre Père, elle ne le peut pas et ne le pourra jamais par elle-même. Car cette vie propre nous révèle le chapitre 3 de la Genèse considère que ce qui est bon, agréable et parfait pour elle : c’est d’être désobéissant à la Parole de vie, c’est d’être rebelle à son Amour et c’est d’être indépendant de Sa Sagesse. Cette vie propre qu’on le veuille ou non, nous pousse toujours plus vers une quête sans fin de reconnaissance, de sentiment d’existence auprès des autres et de nous-même dans le positif comme dans le négatif. Elle nous encourage à nous prendre pour le centre du monde, à nous faire un nom, à laisser une œuvre à tout prix sur cette terre, une trace de nous-mêmes, une descendance qui nous ressemble, une bonne et belle image de nous-même. Cette vie propre paradoxalement est prête même à tuer si quelqu’un malmène notre enfant, la chair de notre chair. Elle est prête aussi à se sauver elle-même par instinct de survie au risque de perdre celui ou celle que l’on aime. C’est de cette vie propre dont nous parlons. Sur la croix, nous dit l’Apôtre Paul, ceux du Christ, nous les chrétiens, ont mis en croix la chair avec ses désirs et ses passions afin que cette vie propre ne nous domine plus. Dit autrement, le Christ par sa crucifixion nous annonce que cette vie propre n’a aucun avenir. Son seul avenir c’est la mort et de rester dans la mort. La seule réalité qui a un avenir certains c’est la Vie du crucifié/ressuscité. Cette Vie, qu’il nous offre, qu’il nous donne en abondance par la seule foi en Son Nom. Cette Vie du ressuscité nous procure de la paix, de la joie au plus intime de nous-mêmes, nous qui sommes membres de son corps ; Lui qui est en chacun de nous. Nous qui vivons désormais de son obéissance, de Son Amour, de ce bonheur d’être au service de la Vie et rien que de la Vie. Lui qui vient à notre rencontre chaque jour, Nous qui marchons à Sa suite. Lui qui nous conduit par l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Christ, nous qui l’accueillons. Lui qui vit en nous et nous en Lui afin que nos vies resplendissent de Son Amour, de Sa joie, de Sa paix (Cœur) ; de Sa patience, de Sa bonté, de Sa bienveillance (l’âme) ; de Sa foi, de Sa douceur, de Sa maitrise de soi (la force) (Galates 5 v 22 et 23)
Amen