Prédication de Jean-Pierre Julian

dimanche 19 juillet temple de Clermont l'ht

prédication le 19 juillet

Matthieu 13 v 34 à 43. La parabole une chose sérieuse !

Sœurs et frères en Christ, Ce qui est très agréable avec l’Evangéliste Matthieu c’est qu’il retranscrit fidèlement l’enseignement de Jésus notre Seigneur. Cet enseignement s’appuie principalement sur des paraboles. Nous ne sommes pas ici dans l’élaboration d’une construction philosophique, ni dans un cours de morale. Le principe de la parabole est de permettre à notre esprit de voir au-delà de ce qui est dit. La grande question est celle-ci : que voyons-nous ? D’autant que celui qui parle, Jésus, notre Seigneur, en citant le psaume 78 v 2 : nous révèle qu’à travers la parabole des choses tenues cachées depuis la fondation du monde sont énoncées. La parabole est donc une chose très sérieuse puisqu’elle nous offre la possibilité de découvrir « les choses cachées depuis la fondation du monde. » La parabole révèle les choses cachées depuis la fondation du monde !

Dans la première parabole proposée, ce qui est mis en scène c’est la Parole agissante de Dieu qui rayonne dans le cœur des êtres humains. Comme nous avons déjà l’interprétation par Jésus Lui-même, nous découvrons que nous sommes le champ de blé. Le maitre de maison c’est le Christ, la Parole et les serviteurs sont ses messagers, les anges. Les ivraies ce sont les fils du malin, du mal ; l’ennemi c’est le diviseur, le diable. Nous avons donc l’explication de cette parabole par Jésus lui-même. Une question s’impose : doit-on l’interpréter puisque nous avons déjà l’éclairage de Jésus notre Seigneur ? Il est vrai qu’à travers l’histoire de l’Eglise de nombreuses personnes ont cherchées à interpréter l’interprétation que donne le Seigneur Jésus. Des chrétiens, en s’appuyant sur cette parabole, ont justifié l’inquisition, les pogroms contre les juifs, les enfermements, les exécutions de celles et ceux qui refusaient de croire en Dieu. Donc, première indication, nous devons être très prudent dans l’interprétation que nous faisons de cette parabole en interprétant l’interprétation du Seigneur Jésus lui-même. En effet, si un esprit de jugement règne dans notre cœur lorsque nous méditons ce texte, nous pouvons être sûr que nous allons tordre la Parole. Cet esprit de jugement est tellement ancré en nous que nous ne nous rendons plus compte de son règne dans nos cœurs. Cette parabole peut-être le révélateur d’un esprit de jugement bien ancré en chacun de nous, même si ce n’est pas sa fonction première. Lorsqu’un esprit de jugement nous domine nous nous croyons au-dessus de l’autre. Lorsque cela arrive nous devenons notre propre étalon de mesure. Et nous jugeons l’autre à partir de ce que nous croyons, de ce que nous faisons, de ce que nous pensons comme étant bien ou mal. De plus, nous confondons bien souvent esprit de discernement et esprit de jugement. Discerner n’est pas juger. Sommes-nous suffisamment au clair sur cette question ? Savons-nous aussi que notre esprit n’a jamais reçu comme vocation de juger qui que ce soit ? Il est celui qui a reçu comme vocation première d’être rencontré par l’Esprit Saint pour l’accueillir afin d’Aimer le prochain comme nous-mêmes et de discerner avec l’Esprit Saint et notre prochain chaque jour ; dans nos actes, nos paroles, et nos pensées ; ce qui est de l’ordre de l’Amour. La parabole a donc une autre fonction, un autre rôle et c’est le Seigneur Jésus qui nous le rappelle : « révéler les choses cachées depuis la fondation du monde. »

La clef de lecture.

Vous avez remarqué que l’Evangéliste Matthieu ne nous donne pas l’explication des deux autres paraboles : La femme avec la farine et celle du grain de moutarde. Pourquoi cette absence ? Est-ce un oubli ? La communauté à qui il s’adressait, connaissait-elle déjà l’interprétation ? Il me semble que l’Evangéliste Matthieu, en nous offrant l’explication de la parabole de la bonne semence et de l’ivraie nous donne une clef de lecture pour toute les paraboles. Nous avons déjà noté que les paraboles ne sont pas là pour nous dire le bien et le mal, elles ne sont pas là pour développer en nous un esprit de jugement envers le prochain, envers nous-mêmes, envers Dieu Lui-même. Notre Seigneur en donnant l’explication nous permet de comprendre que toute parabole qu’Il nous offre est à lire et à comprendre par rapport à Lui, par rapport à son œuvre sur la croix, par rapport à Sa vie qu’il nous offre. Cette parabole de la bonne semence et de l’ivraie nous révèle donc que c’est Lui et Lui seul qui est juge. C’est Lui et Lui seul qui a autorité sur les vies de la bonne semence comme sur celles de l’ivraie. Et nous ne sommes pas sur cette terre pour dire qu’un tel est une bonne semence et tel autre l’ivraie. Dans cette parabole, nous ne sommes pas les anges constatant que dans le champ, il y a de l’ivraie. Nous ne sommes pas le Christ, car Il est le seul, par la passion qu’il a vécue, par l’identité qui est La sienne, à être en capacité et en autorité de juger les actes secrets des êtres humains. Cette parabole nous met donc à distance de nous-mêmes. Notre parole n’est plus première, une Autre Parole que la nôtre nous édifie, c’est celle qui vient du Père. Cette Parole grandit en nous et nous fait grandir en Elle, et ce faisant, elle nous apprend à contempler une autre humanité que la nôtre celle du Fils Unique et nous tendons vers cette humanité-là et ce faisant cette Parole nous apprend le sens du Service, du don, de l’Amour, de la Paix par le Saint Esprit qui irrigue nos vies de Sa présence insaisissable. Cette mise à distance de nous-mêmes, que nous offre la parabole en nous focalisant sur le Père, le Fils et l’Esprit Saint nous libère principalement de notre esprit de jugement, elle nous libère aussi de toutes ces fausses images de nous-mêmes que nous nous fabriquons : Celle du justicier, du juge, de l’innocent, du juste, du sage, du fort, de l’irréprochable, de la figure de l’imposteur, du dernier des derniers, du plus nul. Nous aimons entretenir par notre imagination toutes ces fausses images de nous-mêmes les positives comme le négatives. Nous les aimons car elles nous donnent l’illusion d’exister grâces à elles, à causes d’elles, et en les aimant ou les détestant, elles nous enferment, nous aveuglent et nous empêchent de vivre selon l’Amour de Christ. La parabole oriente donc notre regard vers les choses cachées depuis la fondation du monde, elle oriente notre regard vers le seul juste, le seul Juge, le seul Sauveur, le seul Seigneur : Jésus.

La vigilance

Ceci dit, la parabole de la bonne semence et de l’ivraie nous alerte sur deux derniers points. L’ivraie est semée par-dessus au milieu du blé pendant que, littéralement, les humains dorment. Puis plus loin le semeur dit : « laissez croitre ensemble tous les deux jusqu’à la moisson, je dirai aux moissonneurs : recueillez d’abord les ivraies et liez-les en bottes pour les consumer, mais le blée rassemblez les dans mon grenier. » Premier point : L’ivraie pointe le bout de son nez lorsque les humains dorment, lorsque leurs esprits ne sont plus en éveil devant leur Dieu ; plus en relation, en communion avec Lui. Notre esprit est donc appelé à la vigilance, à l’éveil du soir au matin et du matin au soir. Deuxième point. Celui-ci fait le plus grincer nos dents. Les ivraies sont liées en botte et consumer par le feu. Le blé est rassemblé et placé dans le grenier du semeur. Lorsque nous lisons pour la première fois ce récit nous avons tendance à nous identifier au blé et, parfois, avec crainte et tremblement, à l’ivraie. La fonction de la parabole, je le rappelle, n’a pas pour objectif que nous nous identifions au blé et à l’ivraie. Notre regard, notre esprit doit voir Celui qui parle et commande. Cette parabole nous décrit qu’il y a, ici, un seul Juge qui a pour nom Le Seigneur Jésus. C’est un Juge un peu particulier car Il est mort pour tous sur une croix. Il a revêtu l’Adam terrestre, lui l’Adam céleste, afin d’assumer Lui-même la désobéissance de toute l’humanité, afin de mourir aussi pour cette humanité séparée du Père céleste afin de réconcilier cette humanité par Sa vie offerte au Père Amour de par sa résurrection. Nous ne sommes plus sur cette terre pour dire au Juge : « tu as bien fait de bruler cette ivraie qui m’insupporte depuis tant d’année ou encore tu as bien fait de me ranger dans ton grenier moi le fidèle parmi les fidèles. » Cet individu qui ramène tout à sa personne à été crucifié sur la croix. Cet individu qui n’existe qu’en lui-même, que pour lui-même et que par lui-même est mort avec le Christ une bonne fois pour toute. Celui qui vit maintenant, c’est un nouvel individu, qui par la foi en Jésus réalise qu’il est une nouvelle créature. Il vit maintenant par l’Amour pour l’Amour dans cet Amour qui s’origine en Dieu seul. Son regard sur Son Dieu n’est plus le même, son regard sur le prochain et sur soi-même épouse le regard du crucifié/ressuscité des morts et c’est ce regard-là qui compte.

A la lumière du Christ Jésus

C’est donc à la lumière de la Parole faite chair, du crucifié/ réveillé de la mort, de celui qui siège à la droite de Dieu et qui vient bientôt que nous pouvons interpréter en toute confiance toutes les paraboles. Nous ne les interprétons plus à partir de nous-mêmes mais à partir de Celui qui est la Vie et qui nous donne Sa Vie chaque matin par Son souffle Saint, Son souffle de Vie. Nous pouvons donc interpréter, par exemple, que cette graine de moutarde est la Parole de Dieu. Cette Parole de Dieu pourtant humiliée, et que beaucoup de nos contemporains la considèrent comme inopérante. Cette Parole vient à notre rencontre et fait naitre la foi en Elle, et comme c’est une Parole qui est parole de Dieu, Elle ne revient pas vers Dieu sans fruit. Elle grandit et devient si grande que des oiseaux de ciel viennent y faire leur nid pour que naissent des oisillons. Lorsque La Parole nous rencontre, elle nous engendre, puis elle nous édifie puis elle nous envoi dans le monde pour témoigner du Seigneur Jésus afin que par nos vies réconciliées avec le Père, cette Parole qui vit en nous, malgré nous, engendre, édifie, envoi…C’est donc à la lumière de la Parole faite chair, du crucifié/réveillé de la mort, qui siège à la droite de Dieu et qui vient bientôt que nous pouvons interpréter aussi cette autre parabole qui nous décrit une femme qui cache dans la farine trois mesures de levain. La femme c’est l’Eglise, la farine qui devient Pain c’est le Christ ; le levain c’est le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Chaque fois que nous prenons et mangeons le pain, que nous partageons le repas eucharistique nous communion avec le Dieu Un qui se révèle en chacun de nous comme Père, Fils, Esprit Saint car nos corps sont devenus en Christ Jésus le lieu de Sa résidence, le lieu de Sa respiration, le lieu de la rencontre entre l’Esprit Saint et notre esprit. Et si nous sommes Sa résidence, nous sommes aussi les témoins de Sa présence dans ce monde. Et nous sommes envoyés par Lui pour témoigner de cet Amour, de cette grâce surabondante qui nous traverse et qui est offerte à toute l’humanité. Amen.

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