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Prédication de Daniel LADOS du 27 septembre
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Évangile de Matthieu, Chapitre 21, versets 28 à 32
Dans ses paraboles, Jésus nous embarque souvent dans des histoires de famille et, ainsi, met en exergue l’importance des relations, des liens intra-familiaux. Il est vrai que nous, Chrétiens, formons une grande famille où les relations, en dépit de ce lien qui nous unit, sont parfois compliquées, voire tendues.
Chers frères et sœurs en Christ, Jean est venu à vous dans la Voie de la justice. Il s’agit, bien sûr, de Jean le Prophète, Jean le précurseur, celui dont la tête fut tranchée il y a peu pour plaire à une jeune femme.
Le cours des évènements est en train de s’accélérer et Jésus le sait. Il est arrivé à Jérusalem sous l’acclamation de la foule il y a deux jours, il a chassé les marchands et changeurs du Temple et, aujourd’hui, il enseigne de nouveau dans ce même Temple, sachant que derrière chaque question, chaque demande, il y a une volonté de le faire tomber dans un piège car, désormais, il n’est plus le bienvenu en ces lieux, il dérange les prêtres, les sacrificateurs, tous ces prélats qui ont fait du temple un lieu de pouvoir, d’argent et de corruption.
Alors, quand il cite Jean pour expliquer notre parabole, ce n’est pas par hasard. Jean était connu comme un prophète intègre, annonçant sans relâche la conversion que le monde allait connaître. Il était connu mais aussi aimé par tous. Pourtant, personne, en ce lieu, n’a levé ne serait-ce que le petit doigt pour s’opposer au martyre de Jean. Jean, dont le destin était de donner au peuple de Dieu la connaissance du Salut par Jésus-Christ.
Et ce sont les collecteurs d’impôts et les prostituées qui ont écouté Jean, et Jésus utilise une expression beaucoup plus forte : qui ont cru en lui, c’est-à-dire qui ont donné foi à ses propos. Il s’agit bien de Foi, celle que nous réservons au Père, mais aussi au Fils et à l’Esprit Saint. Alors comment Jésus peut-il nous dire que l’on peut croire en un homme, fut-il Prophète ? Justement, c’est peut-être parce qu’il est Prophète et que, comme Prophète, il laisse Dieu s’exprimer à travers lui.
Il se laisse traverser.
La Foi, ce n’est pas quelques chose que l’on possède, on peut même la perdre. La Foi, c’est quelque chose qui se vit, c’est se laisser traverser par le souffle vivant pour devenir des rameaux porteurs de fruits. La Foi n’est pas acquise définitivement et nombreux sont ceux qui pensent l’avoir perdue ou qui la sentent vacillante. C’est notre relation au Père, c’est cette confiance qui nous fait dire Merci avant de recevoir, qui nous fait voir quoique aveugles, qui nous fait entendre quoique sourds.
Se laisser traverser.
Collecteurs d’impôts et prostituées, c’est-à-dire tous ceux que la société rejette, ceux qui sont jugés impurs et qui ne peuvent franchir le seuil du Temple et pourtant ce sont tous ceux qui servent la société. Société de castes, société de privilèges, société de nantis, société de bien-pensants. Car les collecteurs d’impôts, quoique impopulaires, sont nécessaires au fonctionnement de la société et les prostituées ne se prostituent que parce que ceux qui les jugent ont donné une valeur marchande au corps des femmes.
Nous pourrions parler aussi des trafics d’organes qui existent parce que nous avons donné une valeur marchande aux organes ! Organes prélevés sur les champs de batailles, dans les prisons de certains pays ou sur des personnes qui se sont trouvées au mauvais endroit au mauvais moment. Tout cela est lié et Jésus s’attaque à notre jugement, à notre relation aux autres dans le cercle familial et en dehors. Être en relation avec le Père passe par une nouvelle façon d’être en relation avec les autres.
Se laisser traverser.
Et ce sont ces hommes et ces femmes , regardés comme la lie de la société, qui sont en quête de conversion et de Salut. Pourtant il y a des signes que les hommes ne voient pas ou refusent de voir. Ils préfèrent tergiverser, négocier, pour interpréter comme cela les arrange. La Loi et les Écritures que nous devrions méditer, transcender, deviennent un socle pour imposer une morale, pour conforter un pouvoir, pour assujettir un peuple. Notre plus grand défaut est de vouloir ramener toute chose à notre dimension humaine, à notre compréhension et maintenant que nous confions à l’IA le soin de concevoir, de réfléchir, d’élaborer à notre place, quelle définition de la Foi allons-nous avoir ?
« Jean est venu à nous dans la voie de la Justice ». La voie de la Justice ce n’est pas une quelconque voie. Quand Jésus nous dit cela, ce n’est pas pour indiquer une route particulière, ce n’est pas une posture d’autorité ou de jugement. C’est toujours une façon d’être en relation. Cela commence par soi-même, par une attitude intérieure en lien avec sa foi. Une sorte de sincérité, de cohérence. En tant que Chrétien, demandons-nous si chacune de nos décisions, de nos actions, de nos paroles, est cohérente avec le fait de se revendiquer comme Chrétien, est conforme à l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ, est l’expression de notre Foi.
La Voie de la Justice.
Quand nous empruntons une voie, c’est que nous nous déplaçons mais quand il s’agit de cette « Voie de la Justice », c’est tout notre être qui doit se déplacer. Cela commence par notre regard sur les autres, sur la société, sur la nature, sur le monde qui nous entoure et par notre compréhension qui doit devenir plus compassionnelle. « Coupable, non coupable ». C’est ainsi que se manifeste la justice des hommes.
Les chaînes de la culpabilité, celles qui peuvent nous rattacher à ce lieu ou à d’autres, celles que l’on peut retrouver dans nos célébrations, ces chaînes, associées à celles de la peur, de l’ignorance et à bien d’autres, empêchent ce déplacement, nous empêchent d’emprunter cette « Voie de Justice ».
Car, quand Jésus parle de Justice, il parle de ce qui est juste aux yeux du Père.
Pour autant, Jésus-Christ ne dit pas que Jean était un Juste, car seul Dieu peut le désigner comme tel, mais qu’il a emprunté la Voie de Justice. Et ce que nous devrions tous faire : emprunter cette Voie de Justice, ce qui nous oblige à méditer, les Écritures certainement mais aussi notre façon d’être dans notre relation au vivant. Quoique nous ne pouvons dire ce qui est Juste mais, grâce à l’aide de l’Esprit Saint, nous pouvons en discerner les contours.
Emprunter la Voie de Justice, ce n’est pas se donner des objectifs de justice, c’est un engagement envers Dieu, c’est entrer dans l’obéissance.
Jésus-Christ nous le dit quand il nous pose la question : « lequel des deux a fait la volonté du Père ? » Cette volonté qui est dans cette prière que nous répétons dimanche après dimanche :
« Que ta volonté soit faite ».
Faite par qui, les autres ? Oui, mais avant les autres, il y a nous. Et combien d’entre nous peuvent dire qu’en tout lieu, en tout instant, ils font la volonté du Père ?
Jean a fait la volonté du Père.
Jésus a fait la volonté du Père jusqu’à la croix.
Dans nos prières, nos méditations, ne devrions-nous pas davantage rechercher cette volonté car c’est cette volonté qui fait que nous sommes là aujourd’hui, réunis en ce lieu, vivant et espérant ? La volonté du Père se manifeste par sa Parole créatrice, elle est contenue dans cette Bible, et même elle déborde de cette Bible qu’il nous appartient d’étudier, de méditer et de cheminer.
Alors cela nous ramène à cette histoire de famille où un fils ne veut pas partir travailler la vigne et finit par y aller et l’autre fils dit oui à son père, sûrement pour avoir la paix, mais n’y va pas. Si nous entendons cette histoire comme une banale histoire de famille, c’est une situation que nous avons tous connue, que ce soit en tant que parent ou enfant, et chacun d’entre nous devrait pouvoir répondre à la question posée. Si nous considérons que le Père est le Père Céleste, que les garçons nous représentent, nous qui avons choisi d’être disciples, et la vigne est cette humanité en attente de conversion. Il est peut-être un peu plus difficile de répondre à la question posée par Jésus. Il me semble qu’il est important de méditer cette question tout en se demandant lequel des deux garçons nous sommes.
Laissons-nous traverser !
Amen.