Conférence de Jean-Pierre Julian " Corps et Esprit"
En ce 1 février, une rencontre chaleureuse et intéressante avec la conférence de Jean-Pierre Julian sur le thème : l’Agir discret de l’Esprit Saint dans nos vies.
Le Cœur et l’Esprit Saint
(ou Comment mieux percevoir l’agir discret de l’Esprit Saint dans nos vies)
Le titre de cette réflexion a pu, je l’avoue, en surprendre plus d’un. Mais le sous-titre plus explicite a dû, je l’espère, susciter un plus grand intérêt. Pour bien entendre et comprendre le propos de cette réflexion, nous allons dans une première partie préciser plusieurs expressions et termes Bibliques comme le cœur, la crainte du Seigneur, le péché. Nous approfondirons aussi avec l’Apôtre Paul cette affirmation qu’en Christ Jésus nous sommes nouvelles créatures au sens fort du terme. Nous préciserons enfin cette autre expression paulinienne « le fruit de l’Esprit Saint » en nous appuyant, sur un passage célèbre de l’Evangile selon Jean, les sarments. Tout ce qui va être développé cet après-midi, a pour objectif premier de rendre plus concret cette expression, elle aussi paulinienne, que par le moyen de la foi, tout individu peut vivre, depuis l’évènement de la croix, « en Christ Jésus notre Seigneur, devant Dieu notre Père et marcher par l’Esprit Saint ». Si nous arrivons, spirituellement parlant, à signifier à quel point Dieu notre Père par Jésus Christ a réellement fait quelque chose de nouveau et de réel par Son Fils, Son Unique et par l’Esprit Saint, alors s’épanouira encore plus, en chacun de nous, cette belle prise de conscience de l’Amour incroyable de notre Dieu pour notre humanité et toute cette création. Et cet Amour-là nous ouvre chaque jour vers de beaux horizons.
La notion de cœur dans la Bible
Le livre des proverbes nous alerte sur cette notion du cœur et nous rappelle son importance en nous disant au chapitre 4 v 23 : « Garde ton cœur plus que toute autre chose car de lui viennent les sources de la vie ». Le cœur, dans la Bible, c’est la partie la plus profonde de l’être humain, c’est le siège de notre pensée, de notre volonté, de notre mémoire et de notre décision. Le cœur est donc le lieu par excellence où tout se décide, se réfléchit. C’est le lieu de l’intime de l’intime où nous conversons avec la Parole créatrice qui se donne à connaître comme étant notre Père. Ici, il n’est pas question de bons ou de mauvais sentiments mais seulement du carrefour décisionnel de notre vie. Gardons-nous bien aussi de chercher à localiser où se situe le cœur dans notre corps. Le cœur n’est ni dans notre tête, ni dans notre ventre, ni dans notre cœur. Le cœur dans la Bible c’est le lieu d’une rencontre possible entre la Parole créatrice et notre esprit. Dans la langue française avoir du cœur c’est avoir de bons sentiments. Donc lorsque nous lisons le mot cœur dans la Bible nous devons veiller à ne pas réduire ce mot aux seuls sentiments que nous éprouvons pour nos semblables. Cette première précision faite, découvrons ou redécouvrons ce qui se joue dans ce cœur. Nous savons tous que nous sommes traversés par toutes sortes de pensées, de désirs, de projections. Notre responsabilité est d’être vigilants sur certains désirs, certaines pensées, certaines paroles, certaines motivations qui peuvent être néfastes pour notre prochain et nous-mêmes. En voici un petit florilège que nous rappelle l’Evangile selon Marc 7 v 20 à 23 : Le Seigneur Jésus nous dit donc encore aujourd’hui : « C’est du dedans du cœur des gens que sortent les raisonnements mauvais : inconduites sexuelles, vols, meurtres ; adultères, avidité, méchanceté ; ruse, débauche, regard mauvais ; Calomnie, orgueil, déraison. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et souillent l’être humain. (Ou le rendent impur toujours aux yeux de Dieu) »
L’évangéliste Marc nous alerte et nous encourage à ne pas donner vie par nos paroles, et nos actes à des choses qui blessent et qui peuvent détruire une relation. Gardons donc à l’esprit que certains désirs, pensées détestables aux yeux de Dieu prennent naissance dans notre cœur ou le traversent. L’évangéliste Marc nous encourage à une vigilance intérieure.
La crainte du Seigneur
Cette vigilance intérieure a été synthétisée par les anciens par une expression que beaucoup d’entre-nous ne comprenons plus. La meilleure façon d’être vigilant intérieurement c’est donc de cultiver la Crainte du Seigneur. Là aussi, la langue française ne nous aide pas, car le lecteur néophyte entend principalement qu’il faut avoir peur de Dieu, peur de l’enfer. En réalité il n’est pas question de peur mais d’une prise de conscience au sens fort du terme. Il y a donc deux sortes de « crainte de Dieu » qui nous sont décrites dans la Bible. La première c’est la crainte comme tremblement, comme prise de conscience de la radicale altérité et Sainteté de Dieu. Je vous renvoie au livre d’Esaïe au chapitre 6 : « Je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple. Des Séraphins se tenaient au-dessus-de-Lui ; ils avaient chacun six ailes ; deux dont ils se couvraient la face, deux dont ils se couvraient les pieds, et dont deux ils se servaient pour voler. Ils criaient l’un à l’autre : Saint ! Saint ! Saint ! est l’éternel des Armées ! Toute la terre est remplie de Sa gloire ! Les portes furent ébranlées dans leurs fondements par la voix qui retentissait, et la maison se remplit de fumée. Alors je dis : Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures. J’habite au milieu d’un peuple dont les lèvres sont impures et mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel des armées. Mais l’un des Séraphins vola vers moi, tenant à la main une pierre ardente, qu’il avait prise sur l’autel avec des pincettes. Il en toucha ma bouche et dit ; Ceci a touché tes lèvres, et ton péché est expié… » La seconde c’est la crainte comme vigilance intérieure. Pour cela nous allons faire un détour dans les proverbes pour bien comprendre cette expression « crainte de Dieu, Crainte du Seigneur » qui est utilisée aussi dans la nouvelle alliance par les apôtres. Pour cela nous allons écouter deux passages des proverbes qui donnent une définition de la notion « crainte de Dieu. » Le premier se situe au chapitre 8 v 13 : La crainte du Seigneur c’est détester le mal, la suffisance, l’orgueil, la voie mauvaise et la bouche perverse, je les déteste. Puis vous allez au chapitre 6 du livre des proverbes du verset 16 à 19 et voici ce qui est écrit : « Il y a six choses que le Seigneur déteste, sept qui sont pour lui une abomination : Les regards hautains, la langue menteuse, les mains qui répandent le sang innocent, le cœur qui trame des plans malfaisants, les pieds qui se hâtent de courir au mal, le faux témoin qui profère le mensonge et celui qui déchaine des querelles entre frères ». Cultiver la crainte du Seigneur c’est donc « garder son cœur plus que tout autre chose car de lui viennent les sources de la Vie ! » Les Pères et les Mères (Thérèse d’Avila, Suzanne de Dietrich, France Quéré, Marion Muller Colard…) dans la foi en méditant sur la venue de l’Esprit Saint sous forme d’une colombe lors du baptême de Jésus, ont fait un parallèle avec une parole du prophète Esaïe au chapitre (11v 1 à 5). Dans ce passage d’Esaïe Il est clairement dit que ce choisi de Dieu respirera dans la crainte du Seigneur. C’est-à-dire qu’il détestera le mal, qu’il ne jugera pas sur l’apparence car son cœur, bibliquement parlant sera habité par la crainte de l’éternel. Ces passages bibliques nous alertent sur l’importance du cœur : « Garde ton cœur plus que toute autre chose car de lui viennent les sources de la vie ». Gardons en mémoire que de ce cœur viennent les sources de la vie, nous y reviendrons par la suite. Maintenant que nous avons précisé la notion de « cœur » dans la Bible et l’expression « crainte du Seigneur », je pense que nous pouvons mieux entendre l’enjeu spirituel et le combat spirituel que nous devons mener, les uns et les autres, avec l’aide de l’Esprit Saint pour rester dans la l’obéissance et la fidélité à Jésus Christ.
Pas d’introspection et ni de morale intérieure
Ceci dit, une précision importante s’impose avant d’aller plus en avant dans cette réflexion. Pour garder son cœur, il ne s’agit pas ici de tomber dans une introspection qui nous conduirait à séparer le bon grain de l’ivraie, il ne s’agit pas, non plus, d’établir dans notre intime une morale intérieure à appliquer à la lettre, ce serait vivre sous la Loi et plus selon la Grâce surabondante de notre Seigneur. Il s’agit simplement d’être vigilant à tout ce qui agite notre cœur et de laisser passer et grandir prioritairement la source de vie, ou dit autrement, le fruit de l’Esprit Saint. Nous y reviendrons.
Le péché
Toutefois, pour accueillir ce fruit de l’Esprit Saint, pour le laisser éclore en notre intériorité, nous ne devons jamais oublier que si cela est possible aujourd’hui, c’est essentiellement grâce à Jésus Christ notre Seigneur. Notre foi en Dieu est une foi en Jésus Christ crucifié, Parole créatrice faite chair, vrai Dieu, vrai homme ! Le seul capable de nous révéler notre véritable image d’être humain. En effet, l’humanité que nous propose Jésus Christ est une humanité en lien avec Dieu notre Père, en communion avec Lui. Une humanité qui n’est pleinement humanité que parce qu’en lien avec Lui. Je pense que nous avons tendance parfois à l’oublier. Et ne plus être en communion avec Lui est un véritable problème pour notre humanité. Et nous pouvons qualifier cela de péché. Nous savons que la notion du « péché » au singulier est avant tout une coupure relationnelle d’avec la Parole créatrice, une désobéissance et une infidélité à cette Parole créatrice. (Relire le récit 3 du livre de la Genèse) Cette coupure relationnelle la Bible la nomme comme étant le péché. Terme qui apparait pour la première fois au chapitre 4 du livre de la Genèse. Le péché c’est donc l’humanité qui avait fait le choix de ne plus placer toute sa confiance en cette Parole créatrice grâce à qui elle existait au sens fort du terme. En écoutant ce serpent qui parle, nous dit le récit du chapitre 3 de la Genèse, nôtre humanité a tourné le dos à la Parole de Vie. Il est écrit : « La femme vit, en regardant l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur, elle vit que cela était bon au goût, agréable à la vue et parfait pour le discernement ». L’écrivain biblique en notant qu’elle vit, nous alerte sur ce regard de convoitise de notre humanité qui l’a fait sortir d’elle-même et qui va la séparer de la communion d’avec Dieu. La femme et l’Adam dans ce récit ont avalé la parole du serpent qui parle, pour devenir comme des dieux, pensaient-ils. Mais pour ce faire la désobéissance et l’infidélité à la Parole de Vie en furent les principales conséquences. Ce regard de convoitise vers cet arbre de la connaissance nous avait donc éloigné, nous avait sorti de nous-mêmes, nous avait séparé de la communion que nous avions avec la Parole créatrice au plus intime de notre intime, dans notre cœur. C’est cette séparation d’avec Dieu notre Père que Jésus Christ notre Seigneur est venu réparer, combler, remplacer en son humanité. Sa crucifixion, sa mort, sa résurrection, sa Vie donnée en abondance l’atteste. Il s’est fait péché Lui qui est sans péché afin de laisser notre péché dans la mort. Et ce faisant, il nous replace dans une belle et profonde communion avec Dieu de par Sa résurrection des morts. Lui, le seul être humain crucifié ressuscité des morts qui siège à la droite de Dieu et qui vient bientôt. Deux remarques : Lorsque je parle du péché de la femme et de l’Adam, j’emploie l’imparfait. Lorsque j’énonce la résurrection j’emploi le présent. C’est une manière de rappeler que nous ne vivons plus dans cette ancienne vie dépendante du Péché mais dans une nouvelle vie, celle du Christ Jésus le crucifié/ ressuscité des morts. Deuxième remarque : Vous aurez sûrement remarqué que j’utilise régulièrement deux expressions pour parler de notre Seigneur. Première expression : le Seigneur Jésus. Deuxième expression le Christ Jésus. C’est l’Apôtre Paul qui use de ce vocabulaire qui n’est pas nécessairement traduit dans nos bibles et cela est bien dommage. Il me semble important de faire un arrêt sur image sur cette affirmation paulinienne que nous vivons désormais en Christ Jésus.
Nous sommes en Christ et Christ est en nous
Nous vivons dorénavant en Christ Jésus. Ce n’est pas un hasard si l’Apôtre Paul dans la lettre aux Corinthiens nous rappelle que notre corps est le sanctuaire de l’Esprit Saint. Si notre corps est le temple de l’Esprit Saint, et il l’est vraiment, c’est parce que nous sommes en Christ, nous vivons en Lui. Nous sommes membres de Son Corps. Il est vrai que nous avons beaucoup insisté, nous les Réformés, sur la grâce de Dieu qui est première dans nos vies afin de vivre non plus sous la loi mais sous la grâce, mais cette insistance, pour juste et véridique qu’elle soit encore aujourd’hui, nous a quelque peu éloignés de cette autre affirmation de l’Apôtre Paul, tout aussi importante, qu’en Christ Jésus, nous sommes nouvelles créatures. (2 Cor 5 v 17 ; Gal 6 v 15 ; Romain 6) et non pas nouvelle création comme cela est traduit dans certaines Bibles.
En Christ nous sommes nouvelles créatures
Si nous sommes en Christ et nous le sommes, nous sommes donc nouvelles créatures. Dorénavant l’Esprit Saint qui vit en chacun de nous peut régner. Car cette Présence insaisissable de Dieu en nous, l’Esprit Saint, nous accompagne au plus intime de notre intime. La meilleure façon d’entendre cette réelle bonne nouvelle c’est de suivre la démonstration de l’Apôtre Paul en Romain 6 qui insiste sur le fait que Jésus Christ notre Seigneur est un Adam céleste qui a revêtu l’Adam terrestre. En faisant cela, le Christ a assumé à notre place la rupture de relation de notre humanité avec la Parole créatrice. Il s’est fait péché, il est mort, il s’est réveillé des morts. Lorsqu’il s’est réveillé de la mort, il a laissé le péché dans la mort, notre péché, le péché de l’humanité. D’où cette parole de Paul qui nous dit dans la lettre aux Romains : « Considérez-vous comme étant mort au péché. » La Parole Créatrice nous proclame donc que nous sommes nouvelles créatures en Christ Jésus, le crucifié/ressuscité des morts. De fait nous sommes pleinement réconciliés avec le Père. De fait, nous sommes pleinement habités par l’Esprit Saint puisque nous sommes en Christ Jésus dorénavant. Si nous avons été revêtus, et nous l’avons été, c’est pour vivre devant Dieu notre Père et marcher par l’Esprit Saint. Tous cela n’est possible que par le moyen de la foi. C’est-à-dire que nous donnons foi à la Parole de Dieu faite chair en Jésus Christ crucifiée sur une croix, ressuscité de la mort. Si nous donnons foi à la trajectoire de cette Parole créatrice venue à notre rencontre pour nous réconcilier avec Elle, nous pouvons donner foi aussi au fait que dorénavant nous vivons en Christ devant Dieu notre Père, et que nous marchons par l’Esprit Saint. Il est vrai, cela demande quelques précisions et notamment cette affirmation que dorénavant nous marchons par l’Esprit Saint.
Marcher par l’Esprit Saint
Si nous marchons par l’Esprit Saint cela sous-entend qu’il est au centre de notre vie, au milieu de nous, qu’Il agit en chacun de nous, qu’Il est le Bras de Dieu, qu’Il est aussi Dieu lui-même. Qu’Il est toujours Celui qui réalise les miracles comme les guérisons, Il offre le don de la foi, il éclaire notre esprit et par petite touche nous fait découvrir la profondeur de l’Amour selon Dieu, par ce qu’il est l’Amour Lui-même… C’est ce qu’Il réalise en chacun de nous encore aujourd’hui, comme hier. En effet, ce même Esprit Saint agissait en toute discrétion et humilité lors du ministère de notre Seigneur sur les routes de la Galilée. Il était agissant selon la volonté de notre Seigneur lors de la multiplication des pains, lors de la tempête apaisée, lors de la résurrection de Jésus notre Seigneur. Et aujourd’hui, il en est encore de même. Puisque nous sommes en Christ Jésus et que Christ est en chacun de nous, n’est-ce pas Jésus Christ le crucifié/ressuscité des morts qui a soufflé sur nous l’Esprit Saint pour que nous témoignons de Sa grâce surabondante et que nous vivions de son Amour. Nous contemplons Son agir discret, humble dans notre propre vie, dans celle de nos sœurs et frères dans la foi, dans cette création admirable puisque nous sommes devant Dieu notre Père. Tout cela se réalise dans la mesure où nous inscrivons notre propre volonté dans celle de notre Seigneur. Ce n’est pas un hasard si dans la prière du notre Père transmise par Jésus nous disons « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Et pour que cette volonté soit faite, donc pour que notre volonté s’inscrive dans la Sienne, nous avons besoin de nous nourrir de Sa Parole, de vivre de Son Pardon, de Sa grâce et d’être rendu vigilant par l’Esprit Saint, la Présence Sagesse de Dieu lui-même, pour ne pas nous laisser entrainer dans des chemins sans issue.
Une volonté au service de l’Esprit Saint
Continuons de contempler cette Présence/Sagesse mystérieuse, insaisissable qui nous conduit, nous accompagne. Pour cela arrêtons-nous quelques instants sur une autre affirmation de l’Apôtre Paul concernant l’Esprit Saint. Il nous dit au chapitre 8 de la lettre aux Romains : « Il n’y a donc aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ Jésus. Il ajoute : Car la loi de l’Esprit de la Vie en Christ Jésus m’a affranchie de la loi du péché et de la mort. Dit autrement, puisque nous sommes en Christ et que Christ est en nous, ce qui vit au plus intime de nous-mêmes c’est la loi de Vie de Christ. Cette loi de vie, au plus intime de nous-mêmes s’origine en Christ et vient de Lui, le crucifié/ressuscité. Et ce qui vient de Lui c’est Son Amour qui inonde notre cœur. Cet Amour peut donc jaillir de notre cœur de qui viennent les sources de la vie. Tout part du Christ en nous, nous qui sommes en Christ et qui marchons dorénavant par l’Esprit Saint. Et c’est donc cette Présence/ Sagesse mystérieuse, insaisissable qui produit en chacun d’entre nous un fruit. Ce fruit de l’Esprit Saint qui sourd, qui jaillit, qui rempli notre cœur. Ce cœur d’où viennent les sources de la Vie nous dit le livre des proverbes.
Le fruit de l’Esprit Saint
Nous allons maintenant préciser cette dernière expression paulinienne « Le fruit de l’Esprit Saint ». Cette expression indique clairement la Présence de Dieu dans nos vies personnelles et intimes. Pour mieux découvrir, contempler cette Présence active dans nos vies, dans notre cœur, au milieu de nous et dans le monde, nous allons nous appuyer sur deux textes bibliques. Le premier est celui de l’Apôtre Paul qui introduit cette belle image du fruit de l’Esprit Saint. Le second est dans l’Evangile selon Jean qui décrit les chrétiens comme étant des sarments.
La lettre aux Galates
Dans la Lettre aux Galates au chapitre 5 v 22 et 23 l’Apôtre précise ce qu’est, à ses yeux, le fruit de l’Esprit Saint. Le singulier est important car il décrit l’action de la Présence de Dieu au plus intime de nous-mêmes. Il nous décrit l’agir de l’Esprit Saint dans notre cœur de qui viennent les sources de la Vie. Et ce fruit s’origine dans le Dieu Un qui se révèle en tant que Père, Fils et Saint Esprit. Voici ce que dit l’apôtre Paul : « Quand au fruit de l’Esprit Saint c’est Amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maitrise de soi ; aucune loi n’est contre de telles choses. » Tout cela coule, surgit, vient de notre cœur et remplit notre être (notre âme et notre force). C’est comme une fontaine jaillissante. Cette image d’une fontaine jaillissante est sous-entendue dans l’Evangile selon Jean au chapitre 7 Jésus notre Seigneur dit : si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui met sa foi en moi, comme dit l’écriture, des fleuves d’eau vivante couleront de son sein. Il dit cela au sujet de l’Esprit qu’allait recevoir ceux qui plaçait leur foi en Lui. (Esaïe 55)
Deux erreurs à éviter ici
La première erreur c’est de croire que notre bonté, notre douceur est le seul produit de notre effort, de notre persévérance. La seconde erreur est de croire que c’est une réalité spirituelle tellement extérieure à nous qu’elle nous envahit sans prévenir. La première erreur peut nous conduire vers un orgueil démesuré. La seconde erreur peut nous entrainer dans une logique « démoniaque » d’être possédés, de temps à autre, par une force extérieure. Cette possession équivaudrait à une dépossession de soi. Nous ne devons pas perdre de vue ici les notions de cœur, de crainte du Seigneur, de notre vie en Christ Jésus et du fruit de l’Esprit Saint que nous avons précisé il y a peu. Elles sont toutes comme un garde-fou et nous encouragent vers une lecture régulière de la Bible, une lecture à mi-voix qui s’approfondit avec le temps. Elles nous rappellent aussi l’importance du commandement de l’Amour de Dieu, du prochain et de nous-mêmes, elles nous alertent enfin sur cette nécessité d’être à l’écoute de ce que nous dit l’Esprit Saint afin d’être à Son service pour vivre et témoigner de la bonne nouvelle de Jésus Christ crucifié au sein d’une communauté chrétienne.
Les qualités relationnelles du Christ et les nôtres
Si Dieu notre Père en Jésus Christ a fait le choix de devenir être humain c’est premièrement pour permettre à notre humanité d’être réconciliée avec Lui. C’est deuxièmement pour que nous prenions conscience que cela ne peut avoir lieu que par Lui-même en tant que Fils Unique. C’est troisièmement lui reconnaitre sa pleine et totale unicité. Seul Lui est Unique. Et nous dépendons tous de son Unicité. Nos individualités dépendent de Son Unicité puisque nous sommes en Christ et que Christ est en nous. Et son Unicité est mue seulement par L’Amour. Et nos individualités apprennent à vivre de Son Amour. C’est quatrièmement accueillir Sa Présence/ Sagesse dans notre vie, « afin d’être transformé par Lui par le renouvellement de notre intelligence pour discerner quelle est la volonté de Dieu : la bonne, l’agréable et la parfaite » comme le dit si bien l’Apôtre Paul dans Romains. Cet Amour selon Dieu peut s’exprimer et se vivre par des milliards d’êtres humains puisque que Christ est en nous et que nous sommes en Christ. Il est le Dieu Amour et il espère que Son Amour remplisse nos vies, rayonne de nos vies. Et sa façon de nous offrir son Amour se réalise par l’Esprit Saint. Il se donne, Il s’offre à chacun d’entre nous afin que nous témoignions de Lui en fonction de notre personnalité, de notre histoire personnelle, familiale, sociétale, culturelle, en fonction aussi de notre inventivité et de notre liberté.
Nous bénéficions de la foi de Jésus Christ
Il y a peu nous avons évoqués le fruit de l’Esprit Saint, la foi est aussi décrite comme étant un fruit de l’Esprit Saint dans la lettre aux Galates. Si la foi est un fruit toute comme l’Amour cela sous-entend qu’elle est un don de Dieu. Notre foi en Jésus Christ, c’est-à-dire notre confiance, notre fidélité et notre obéissance à Son égard s’origine aussi en Lui, vient de Lui, de sa propre obéissance et fidélité dans son humanité au Père. Si nous nous souvenons que le Christ est décrit comme un Adam céleste qui a revêtu l’Adam terrestre pour assumer à sa place son infidélité et sa désobéissance, donc la nôtre afin d’offrir au Père en tant que Fils Unique Son obéissance et sa fidélité en se livrant sur la croix, cela indique clairement que notre foi s’origine en Lui, et, à la suite d’Abraham nous plaçons notre foi en la Parole de Jésus Christ et en son œuvre sur la croix. Voilà ce que je peux dire aujourd’hui sur ce fruit de l’Esprit Saint. Il nous reste tout de même à voir ensemble, et ce sera ma conclusion, comment l’Evangéliste Jean conçoit notre investissement, notre engagement dans ce ministère de témoins qui est le nôtre.
Le cep de vigne, les sarments et le viticulteur (Jean 15 v 1 à 17)
Une distribution des rôles étonnante ?
Dans ce discours de Jésus les rôles sont clairs. Le Père est celui qui enlève le sarment qui ne porte pas de fruits, et émonde celui qui en porte afin qu’il en donne davantage (supprimer les jeunes pousses parasites appelées gourmand qui ne sont pas fructifères et nuisent au bon développement des branches fructifères.) Jésus, le cep, est celui qui fournit la sève nécessaire pour que la grappe (le fruit) se développe et les témoins du Christ sont les sarments qui permettent le lien entre le cep de vigne et la grappe. Ils laissent couler en eux la sève l’Esprit Saint
Avec l’Apôtre Paul nous avons vu que le fruit de l’Esprit c’est la paix, la grâce, la douceur…c’est donc une magnifique grappe de raisin que Jésus nous promet si nous restons attachés à Lui.
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Premier constat : La place de l’être humain. Elle n’est ni à l’origine, ni en fin de parcours, elle se situe dans le lien entre le Père (de qui toutes choses viennent) et le Fils (par qui toutes choses sont) et l’Esprit Saint vers où toute choses vont). Donc une place importante, mais peut-être pas celle que nous désirions prioritairement.
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Deuxième constat : Dans cet exemple du cep de vigne tout le monde est en lien. Un cep de vigne sans sarments ne peut porter une grappe, un sarment sans cep ne peut exister, un cep sans sève est bon à jeter au feu. Une vigne sans vignerons ne peut subsister correctement. Il y a une véritable interdépendance des uns et des autres. Notre Dieu nous a donné une place de choix. Il ne fait rien sans nous, nous sommes en Jésus-Christ ses enfants, nous sommes des sarments qui laissent couler la sève en eux pour rendre visible l’Amour de Dieu par le fruit de l’Esprit Saint. Nous sommes les compagnons du Christ (Hébreux 3 v14)
Dieu nous appelle à la vigilance intérieure
Fort de ces deux constats, il y a tout de même une vigilance à cultiver…
Dans ce discours de Jésus, l’Evangéliste Jean insiste sur un verbe « demeurer » (11 fois utilisé). Ce verbe nous annonce que le chrétien doit demeurer attaché au cep. Jésus, pour sa part, a fait le choix de demeurer en nous et cela jusqu’à la fin des temps, sa résurrection atteste cela, mais nous aussi, nous devons, jour après jour, faire le choix de demeurer en Lui. « Demeurez en moi » dit Jésus. Si l’évangéliste Jean insiste tant sur cette notion de « demeurer en Christ » c’est justement pour nous encourager à rester en contact avec Dieu, afin de continuer à être alimentés par Sa Vie, Sa Sève, pour vivre de Sa lumière, de Ses conseils. Nous sommes appelés à demeurer en Lui d’une manière vivante et non ritualisée, par la prière personnelle, la lecture de la Bible, la méditation de cette parole, le chant et notamment des bénédicités lors des repas, le culte, l’amour de notre prochain comme nous-même, le service gratuit dans nos multiples engagements sociétaux. Cette expression « demeurer en Christ », comme vous pouvez le constater, est tout sauf banale, ce n’est pas un effet de style car ce qui est en jeu c’est notre vie en lien avec celle de notre Dieu. Dieu est le vivant et si nous demeurons en Lui le vivant, nous sommes vivants. Il nous appartient de ne pas oublier que nous sommes les compagnons du Christ.
Le Sarment ou le serviteur inutile
Il nous faut maintenant approfondir notre rôle de sarment. C’est une place de choix que nous propose notre Dieu et Père. Je dirais même que nous avons la place la plus agréable. Nous sommes alimentés par le cep de vigne, nous portons les grappes de raisins. Nous sommes émondés par le Père, ce n’est pas toujours agréable mais c’est fort utile. Notre seule vigilance consiste à demeurer en Christ, et c’est là, où nous devons faire le lien avec tout ce que nous avons vu précédemment. En effet, lorsque nous avons précisé la notion du cœur dans la Bible, de la crainte du Seigneur, du péché, du rôle de l’Esprit Saint dans nos vies et de notre vie en Christ Jésus, toutes ces précisions nous éclaire sur la manière de demeurer en Lui par le moyen de la foi. Parce que nous avons pris conscience, par la foi, que de notre cœur vienne les sources de la vie, que nous respirons dans la crainte du Seigneur grâce au Christ puisque nous sommes en Christ nouvelle créatures. C’est parce que nous avons pris conscience aussi, par la foi, que nous sommes morts au péché grâce à Jésus Christ qui sur la croix à subi le juste jugement de Dieu concernant le péché et qui dans le même mouvement de par sa résurrection nous a réconcilié avec le Père par l’Esprit Saint. Ce même Esprit Saint nous apprend à vivre devant Dieu notre Père de cette même obéissance et de cette même Fidélité du Fils Unique. Grâces à toutes ces prises de conscience nous réalisons à quel point Dieu a fait toute chose nouvelle en son Christ, en qui nous sommes dorénavant.
Et tout sarment que nous sommes nous avons le privilège d’accueillir et de laisser grandir dans nos vies le fruit de l’Esprit (Joie, paix, bienveillance, douceur, foi, amour, maitrise de soi, patience, foi…) Cette place particulière du sarment nous indique clairement que Dieu a fait le choix de nous rendre compagnons de Son Christ. Et cela est à prendre en compte.
Il est vrai que, parfois, nous perdons de vue cette place de choix car nous sommes plus obnubilés par nous-même que par la communion que Dieu en Jésus Christ nous offre. Pour garder le cap, il nous suffit de demeurer en Lui par la foi.
Vous voyez comment fonctionne la spiritualité chrétienne, elle nous oriente vers une source d’eau vive, qui prend sa source dans notre cœur, au plus intime de nous-mêmes, pour que nous nous alimentions journellement à elle afin que notre vie soit une rosée délicate qui humidifie les visages de ceux et celles que nous côtoyons jour après jour, pour qu’ils aient soif, à leur tour, de cette eau vive et qu’ils se rendent eux-mêmes à la source qui est le Christ Jésus Lui-même.
Et là, spirituellement parlant, nous tournons le dos, il est vrai, à cette mentalité moderne, à cette course poursuite économique au résultat à tout prix, à la performance, à la rentabilité, au nombre, aux objectifs en tous genres à atteindre dans des laps de temps de plus en plus courts. L’individu devient aujourd’hui l’esclave du résultat, de l’audimat, l’esclave de la méga machine économique qui doit à tous prix produire, produire et encore produire, quel qu’en soit le prix pour notre planète, pour le vivant qui la compose dont l’humanité. Nous devons être vigilants, nous les chrétiens, à ne pas tomber dans ce piège du résultat, de l’audimat, du nombre. Comme si le résultat, l’audimat, le nombre étaient devenus à eux seuls des critères de vérité. J’ai parfois l’impression que le livre de l’Exode dans l’Ancien Testament est d’une brûlante actualité spirituelle. Pharaon et l’Egypte, c’est la méga machine économique ; les hébreux c’est notre humanité prisonnière d’un système et ne sachant plus comment en sortir. Je vous laisse le soin de méditer la suite. Oui, il est bon de demeurer en Christ, d’assumer en toute simplicité notre fonction de sarment, de nous réjouir d’être seulement l’interface entre Dieu et le prochain. Un simple témoin qui renvoie à une Présence Aimante et qui nous apprend à Aimer comme elle Aime » Merci pour votre écoute.
Pasteur Jean pierre Julian. Le 1er février 2026 Clermont l’Hérault