Prédication Jean-Pierre Julian - liturgie Daniel Lados
Romain 6 v 3 à 11
Sœurs et frères en Christ,
Si nous voulons entrer dans la profondeur spirituelle de ce passage, nous allons devoir entrer dans la culture juive et romaine du temps de l’Apôtre Paul. C’est une porte d’entrée essentielle. Si nous n’entrons pas par cette porte d’entrée nous n’entrerons jamais dans la profondeur spirituelle de ce passage.
D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Premier pas.
Pour l’Apôtre Paul comme pour tous ses contemporains, il ne fait pas de doute que ce monde dans lequel ils vivent est un monde créé par des Dieux pour les Romains, par le Dieu Unique pour l’Apôtre Paul. Aujourd’hui, pour beaucoup de nos contemporains l’existence de cet univers qui nous englobe est un enchainement de cause et d’effet. La vie sur notre terre, et sûrement sur d’autres planètes, est donc le résultat de cet enchainement de cause et d’effet. Pour le Chrétien que je suis devenu, ce monde dans lequel je vis est régi par la Parole de Celui qui est, qui était et qui vient. Dieu est Esprit nous rappelle l’Evangéliste Jean mais il est aussi Parole. Et c’est par Sa Parole qu’il se fait connaitre. En effet, depuis le premier récit biblique de la Genèse jusqu’au dernier récit celui de l’Apocalypse (la révélation), le Dieu en qui nous plaçons notre foi est décrit comme un Être de Parole. Une Être de Parole qui nous rejoint dans notre intime, qui fait alliance avec un individu, un peuple, avec l’humanité. Un Être de Parole qui est Vie, qui est la Vie. Un Être de Parole qui se fait chair en Jésus Christ. Le texte de l’Apôtre Paul part donc de cette compréhension. Cet Être de Parole s’est fait chair en Jésus Christ. La seule question qui préoccupe l’esprit de l’Apôtre Paul est celle-ci : Pourquoi ? Dans quel but ? Tous ses écrits nous invitent à entrer dans ces questions. Entrer dans ces questions c’est découvrir que nous ne sommes pas seul. Il est vrai que notre esprit peut considérer que sa vie n’est qu’une profonde solitude intérieure. Et beaucoup de personne autour de nous sont dans cette compréhension : tu nais seul un jour et tu meurs seul un autre jour. Lorsque la Parole de Vie nous rencontre en Christ Jésus, notre esprit découvre que l’origine de son être ne vient pas seulement d’un ventre maternel et d’une rencontre entre un homme et une femme ou d’une fécondation in vitro. Notre esprit réalise que son existence ne se réduit pas à l’enchainement de toutes les générations qui l’ont précédées. Notre esprit réalise qu’il est connu par cette Parole de Vie qui depuis les origines du temps est celle qui fait Être. Il n’est donc plus seul, et il ne l’a jamais été en réalité parce qu’il est connu par cet Être de Parole qui le fait être depuis l’origine des temps. En ce qui concerne l’Apôtre Paul le chamboulement qu’il va vivre va être comme une révolution copernicienne. Tout son logiciel de juif religieux, pharisien va voler en éclat, ou, dit autrement, va complètement être refondé. En effet, cette Parole de Vie qui fait être est venue à sa rencontre sur le chemin de Damas. Celui qui s’adresse à Saul de tarse sur ce chemin c’est Jésus Lui-même, un être humain comme lui. Pour le pharisien de la tribu de Benjamin pour qui Dieu est Esprit, pour qui Dieu n’est que transcendance, voilà que ce Dieu transcendance, ce Dieu Esprit, cette Parole de vie qui conduit le peuple des hébreux depuis fort longtemps, voilà que cette Parole s’est faite chair en ce Jésus de Nazareth. Ce Jésus de Nazareth qui après avoir été crucifié sur une croix, après avoir été mis dans un tombeau s’est réveillé des morts. Et voilà que ce réveillé des morts Lui parle à lui, Saul de Tarse, lui qui pourchasse les chrétiens. Saul de Tarse réalise que ce Jésus maintenant vit à Jamais, la mort n’a plus d’emprise sur Lui et chose incroyable c’est un être humain comme lui et chose encore plus incroyable pour le juif Saul de Tarse, c’est aussi le Seigneur. Pour le juif pharisien Saul de tarse dont le surnom à l’époque Romaine est Paul, il y a de quoi être chamboulé. Sœurs et Frères en Christ, C’est à la lumière de cette introduction que nous pouvons mieux entendre cette parole de Paul : « Ignorez-vous, tous, que nous avons été baptisés en Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Par le baptême en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec Lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père de même nous marchions dans la nouveauté de la Vie ».
D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Second pas
Nous pouvons mieux l’entendre cette parole de Paul mais pas encore la comprendre dans sa totalité. Car pour la comprendre dans sa totalité, il nous manque une autre référence, une référence biblique bien entendu. Nous devons donc faire un second pas qui nous entraine dans les quatre premiers récits de la Genèse. Pour l’Apôtre Paul ce monde dans lequel il vit, le monde visible comme le monde de l’invisible, est totalement dépendant de la Parole créatrice, Parole de Vie qui fait être. Ce monde a vécu un drame dans le commencement de son existence. L’être humain vivait dans une profonde communion avec la Parole de Vie. Cet être humain à écouté et donné foi à la parole d’une créature qui l’encourageait à désobéir à la Parole de Vie, à être rebelle à la Parole créatrice, à devenir indépendant du souffle de la Vie qui le faisait être afin de n’exister que par le souffle de sa vie propre. Pour l’Apôtre Paul, depuis cet évènement, l’humanité entière à perdu la communion d’avec la Parole de vie. Et comme toute l’humanité est sortie, symboliquement, des reins de cet être humain que l’on nomme Adam, toute l’humanité vit dans cette rupture de communion d’avec la Parole de Vie. Il est donc impossible à cette humanité de réparer, par elle-même, par ses propres forces, par son souffle de vie cette rupture de relation, de communion d’avec la Parole de vie. Cette rupture de communion notre humanité en est la seule responsable. Car c’est en toute liberté qu’elle a choisi ce chemin.
D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Troisième pas
Nous avons vu que la Parole créatrice n’est pas que transcendance, elle est aussi pleinement humanité en Christ Jésus notre Seigneur. Nous venons de voir le drame qui a eu lieu au commencement de l’existence de ce monde. Il nous faut faire un dernier pas pour entrer dans ce royaume des cieux qui s’est approché et bien entendre ce que l’Apôtre Paul cherche à nous dire. Paul fait le constat que la rupture de relation d’avec la Parole de Vie a été réalisée par un être humain, de fait la réconciliation d’avec cette Parole de Vie ne pouvait se réaliser que par un autre être humain. Un être humain à la fois semblable à nous et tout autre. Un être humain qui assumerait à la fois la rupture de relation et les conséquences qui vont avec et, qui offrirait, par Sa mort et Sa Vie, la réconciliation d’avec la Parole de Vie. Cette réconciliation concerne donc toute l’humanité, celle d’avant nous, celle de maintenant, celle d’après nous et c’est l’œuvre du Christ Jésus sur la croix. Et c’est là où notre humanité reste sans voix. Elle n’ose même pas dire ou écrire ce qui va suivre. Cela est tellement fou pour les esprits raisonnables que nous sommes, tellement scandaleux pour les religieux que nous sommes, tellement effrayant pour les pêcheurs et les impies que nous sommes, nous qui ne vivons dans ce monde que par amour de nous-mêmes, nous qui sommes habité par une profonde jalousie, nous qui sommes animés par un instinct de survie prêt à tout pour perdurer. Le Christ en assumant pleinement cette humanité séparée de Son Amour et de Sa communion a subi, sur la croix, à notre place, le juste jugement de Dieu nous concernant. Cet individu, toi, moi, qui se croit le centre du monde, qui n’aime que lui-même, qui est jaloux de tout et de tous, qui est prêt à tout pour survivre a été jugé en Christ une fois pour toute sur la croix. Et Celui qui a subi, dans sa chair, ce juste jugement c’est le Christ. La sentence de ce jugement est sans appel : c’est la mort. En mourant le Christ nous entraine dans sa propre mort qui devient aussi la nôtre. Une humanité vient de disparaitre aux yeux de Dieu, une humanité coupée de Lui. Une humanité dans l’incapacité, par ses seules forces, par son souffle de vie, de se réconcilier avec le Père. Une autre humanité depuis la résurrection du Christ Jésus est donc en marche. Il suffit à chaque être humain, quoi qu’il est fait de condamnable, de placer sa foi en Jésus le Seigneur et de vivre en Lui, pour Lui, par Lui. Dit autrement, de vivre par le souffle de vie du Ressuscité, de vivre dans le souffle de Vie de Celui qui est réveillé, de vivre selon le souffle d’Amour du crucifié/ressuscité. Nous pouvons maintenant réentendre une dernière fois cette parole de l’Apôtre Paul : « Ignorez-vous, vous tous, que nous avons été baptisés en Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Par le baptême en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec Lui, afin que, comme Christ est réveillé des morts, par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions dans la nouveauté de la Vie ». L’Apôtre Paul relie notre baptême à la fois avec la mort de Christ et aussi son réveil. Nous avons tous été baptisés dans sa mort et son réveil que l’on soit bébé, enfant, adolescent, adulte. Chaque individu qui est baptisé a été baptisé au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, au Nom du crucifié/réveillé des morts, dans le Nom du Christ Jésus. Chaque individu, par la seule foi en son Nom, bénéficie immédiatement de l’œuvre libératoire que le Christ a accompli sur la croix. Son œuvre sur la croix est toujours active puisqu’il s’est réveillé de la mort. Il est futile de continuer à vivre selon notre ancienne nature qui nous éloignait de la Vie selon Dieu. Ce qui est mort c’est donc cet amour de soi, cette profonde Jalousie, cet instinct de survie prêt à tout. Ce qui a été crucifié sur la croix c’est notre désobéissance à la Parole de Vie, c’est notre volonté rebelle à la Siene, c’est notre esprit d’indépendance qui ne veut rien entendre de la bienveillance du Saint Esprit. Tout cela ne nous domine plus même si cela nous accompagnera jusqu’à notre dernier souffle. Nous sommes devenus en Christ par la seule foi en Son Nom, nouvelles créatures, toujours libres et responsables. Appelés à l’obéissance de la foi, à suivre la volonté aimante du Père, à écouter les doux conseils de l’Esprit Saint. Nous vivons en Lui dorénavant. Nous marchons donc en nouveauté de vie.
Ce que nous sommes et vers ou nous allons !
Sœurs et frères en Christ, tout cela n’est possible que si nous sommes au clair avec cette notion de la résurrection de Jésus notre Seigneur, de son réveil. Nous voici devant une difficulté est celle-ci, est de taille. Nous savons tous que Jésus notre Seigneur s’est réveillé le troisième jour. Cela proclame clairement que la mort n’a pas pu retenir cet être humain plus de trois jours dans la tombe. Nous nous perdons souvent en conjoncture sur cette question. Nous imaginons beaucoup de chose au sujet de notre propre réveil. Nous nous attardons sur les corps que nous aurons (jeunes ou vieux) ; comme notre imaginaire n’a pas accès à cet au-delà nous imaginons des enfers, des purgatoires, des paradis. Bref, comme il nous est impossible d’expliquer intelligemment, raisonnablement le réveil de Jésus notre Seigneur qui a autorité aujourd’hui, comme hier et comme demain sur la Vie comme sur la mort, nous imaginons des choses invraisemblables. Parfois même nous préférons penser que tout cela et notamment cette résurrection c’est un joli conte pour enfant. Parfois encore, au fond de nous-mêmes, certaines pensées perdurent, comme celles-ci : « Peut-être bien, qu’il est ressuscité ? Peut-être pas ? Peut-être bien que oui ? Peut-être bien que non ? Et puis pour nous est-ce si important de penser que nous ressusciterons comme Lui ? Est-ce si important que cela ? » Voici la réponse de l’Apôtre Paul dans la première lettre aux Corinthiens au chapitre 15. Ces Corinthiens nous ressemblent tellement, ils se posaient, bien avant nous, les mêmes questions que nous. Comme quoi, rien de nouveau sous le soleil. Ecoutons Paul et se sera ma conclusion. « Si l’on proclame que Christ est réveillé des morts, comment certains d’entre vous disent t-ils qu’il n’y a pas de résurrection des morts. S’il n’y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas réveillé. Et si Christ n’est pas réveillé alors notre proclamation est vaine ; il se trouve même que nous sommes des faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous avons témoigné contre Dieu qu’il a réveillé le Christ, tandis qu’il ne l’aurait pas réveillé, si les morts ne se réveillent pas. Et si Christ n’est pas réveillé votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés et ceux qui sont morts en Christ sont perdus. Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les humains. Mais maintenant Christ est réveillé des morts, il est les prémices de ceux qui se sont endormis, car puisque la mort est venue par un humain, c’est aussi par un humain qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même tous seront vivifié en Christ. » Amen