prédication de Daniel Lados
Évangile de Matthieu – chapitre 14 – versets 13 à 21
À cette nouvelle, Jésus partit de là dans une barque pour se retirer à l’écart dans un endroit désert ; l’ayant appris, la foule sortit des villes et le suivit à pied. Quand Jésus sortit de la barque, il vit une grande foule et fut rempli de compassion pour elle, et il guérit les malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent de lui et dirent : « Cet endroit est désert et l’heure est déjà avancée ; renvoie la foule, afin qu’elle aille dans les villages pour s’acheter des vivres. »
Jésus leur répondit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger ! »
Mais ils lui dirent : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. »
« Apportez-les-moi ici », leur dit Jésus.
Il fit asseoir la foule sur l’herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et prononça la prière de bénédiction. Puis il rompit les pains et les donna aux disciples, qui les distribuèrent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l’on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient environ 5 000 hommes, sans compter les femmes et les enfants.
Ce passage de l’Évangile relate un des nombreux miracles réalisés par Jésus, celui de la multiplication des pains et des poissons. Jésus, suite à l’annonce de la mort de Jean le Baptiste, semble vouloir s’isoler pour, peut-être, se recueillir suite à cette triste nouvelle. Nous sommes au bord du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée.
Chers frères et sœurs en Christ, ce lac est immense ; pour se donner une idée, c’est plus de vingt fois la superficie du lac du Salagou.
Celui qui préparait les chemins du Seigneur, celui qui est plus qu’un prophète a été mis à mort. Celui qui était aimé et considéré parmi le peuple a été assassiné. Celui que l’on appelle le précurseur est parti, signe du temps qui est compté car nous sommes à quelques jours de Pâques. Celui qui est la voix qui crie dans le désert n’est plus et Jésus monte dans une barque pour se diriger justement vers un endroit désert afin de se soustraire à notre regard, mais peut-être aussi pour ré-entendre l’écho de la voix de ce frère aimé, de cet ami fidèle qui débuta bien avant la naissance de Jésus.
Pendant ce temps-là, la foule ou plutôt la multitude est prévenue de la mort de Jean-Baptiste et, touchés au cœur, choqués par cette nouvelle, les gens abandonnent leurs activités pour se rendre sur la rive de la mer de Galilée. Cette mort les a réellement bouleversés, Jean-Baptiste était connu et aimé ! C’était un homme de Foi ! un Divin Messager !
Que vient chercher cette foule sur ce rivage ?
Un improbable rendez-vous ? Une révélation ?
Jésus a déjà accompli de nombreux miracles. Il a vaincu nos invalidités, faisant de nous des êtres debout vivant avec un regard neuf. Il a même ramené à la vie une petite fille. Cette foule recherchait-elle un signe ? Priait-elle pour que l’Éternel répare cette injustice ? Attendait-elle de Jésus qu’il fasse un nouveau miracle ?
Il est vrai que face à une injustice, une épreuve, nous prions Dieu pour qu’il interfère, pour qu’il répare, pour qu’il intervienne, même avec violence, si nécessaire. Nous voulons voir de la magie, comme des enfants, sans vouloir assumer que les maux de ce monde sont les conséquences de nos modes de vie.
Car la plupart de ces injustices sont le fait des hommes, de leurs actions, de leurs inactions aussi, de leur indifférence, de leur faiblesse. Nous acceptons, avec passivité et aussi avec l’illusion de satisfaire à nos besoins, les chaînes de l’esclavage et prions sans cesse Dieu de nous en libérer.
Cette multitude, toutes ces personnes se sont mises en route portées par le deuil et la douleur. Elles suivent à pied cette barque qui se profile, au loin, sur l’eau. Elles arrivent dans un lieu désert et s’y rassemblent.
Et là, le miracle se produit comme à chaque fois que, portés par la souffrance, la douleur, nous faisons ce déplacement intérieur ou extérieur à la recherche de ce réconfort, de cet amour que seul Dieu peut nous donner.
Jusqu’à présent, ce sont les disciples qui abandonnent leur travail, leur famille, ou leurs occupations pour suivre Jésus, un, deux, trois à la fois. Aujourd’hui, dans notre récit, c’est une multitude, une multitude composée d’hommes, de femmes et d’enfants, de malades et de bien portants, mais ramenés à une forme d’unité : nous parlerions aujourd’hui de communauté, voire d’église, de paroisse. S’il est encore un peu tôt pour parler d’église ou de paroisse, la gestation est déjà commencée et le sens est donné : rejoindre Jésus le Christ.
Il est au large, sur cette mer uniforme. Est-ce qu’il pagaie ou est-il debout sur sa barque poussée par le vent, le souffle de l’Esprit planant au-dessus de l’eau ?
Tous ces gens le suivent sans le voir vraiment, un peu comme nous aujourd’hui. Cette multitude ne perd pas de vue l’horizon et lorsqu’ils distinguent la barque qui se rapproche du rivage, ils s’installent et attendent. Là où il n’y avait rien, il y a maintenant une multitude et cette multitude attend, et cette multitude c’est nous. Mais suivre Jésus, ce n’est pas le rejoindre.
Il y a un obstacle, que représente la mer, que seul Jésus-Christ peut franchir. Nous devons garder à l’esprit que les mouvements, les attitudes, les gestes de Jésus sont aussi une parole et s’il a choisi de monter dans cette barque plutôt que de se mettre à l’écart sur un quelconque monticule, c’est qu’il y a une raison.
Au commencement, il y avait les eaux et le Ciel, et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux. Ce n’est que le troisième jour que les eaux furent regroupées et que le sec, la Terre, apparut. Cette Terre dont nous sommes.
Cela doit nous rappeler que ce qui nous anime, ce qui fait que nous sommes vivants, c’est ce souffle insufflé par Dieu en nos corps d’argile.
Jésus arrive sur sa barque.
Jésus-Christ vient à leur rencontre.
En le cherchant, en dépit de notre mauvaise vue, quitte à abandonner ce qui nous en détourne, nous en distrait, nous en empêche, en le cherchant avec sincérité, avec Foi…………., il vient à notre rencontre. Il vient à nous car lui seul est capable de traverser cet espace qui nous sépare.
Il les vit et il fut rempli de compassion ! Ne nous égarons pas, ce n’est pas un apitoiement, c’est physique, ça le prend aux tripes, c’est un élan pour les rejoindre là où ils sont, pour nous rejoindre là où nous sommes.
Suivre Jésus, c’est accepter qu’il nous rejoigne !
Et c’est ce qu’il fait, il les rejoint et, comme si cela allait de soi, en toute simplicité, il va guérir des malades.
Là encore, ne cherchons pas le spectacle ! Il n’y en a pas.
Le mot guérir est apparu au Moyen Âge, il vient de l’allemand et veut dire « défendre, protéger », Il prendra une signification médicale bien plus tard. Nous devrions comprendre qu’il prenait soin, qu’il avait une attention particulière pour les plus faibles, que ce soit une faiblesse du corps ou de l’esprit.
Aussi, nous pouvons l’imaginer, passant de groupe en groupe, une parole réconfortante pour les uns, un geste d’affection pour les autres, peut-être aussi des paroles d’encouragement, des enseignements et cela jusqu ‘au soir.
Seul, le fils de l’homme peut agir de la sorte, parce qu’il est la parole incarnée. Plus humain que nous ne le sommes nous-mêmes. Il ne juge pas, il ne monte pas sur une estrade, il accueille chacun d’entre nous tel que nous sommes, comme il aimerait que nous l’accueillions, comme un frère. C’est un moment de communion entre Dieu et sa créature.
Le soir est là, nos disciples se préoccupent des contingences matérielles, s’inquiètent pour cette assemblée, quitte à ce que ce moment merveilleux se termine et que tout le monde retourne dans son village . Ils voudraient poursuivre ce moment par un bon repas partagé comme ils le font souvent.
Les disciples ont pris l’habitude de voir Jésus œuvrer, ils sont dans une routine alors que la foule vit autre chose. La journée a été longue et la faim se fait sentir. Cette journée n’est pas une journée ordinaire et Jésus va enseigner ses disciples dans ce qui sera leur ministère :
« Donnez-leur vous-mêmes à manger ! »
Et ces disciples, c’est nous, qui oublions que lorsqu’une personne franchit le seuil de notre temple, ce n’est pas pour nous, c’est pour celui qui se tient au milieu de nous. Alors tant mieux si nos communautés sont accueillantes, joyeuses, actives et vivantes ! Mais nous ne devons pas oublier que c’est à nous de nourrir la communauté :
« Donnez-leur vous-mêmes à manger ! »
Cinq petits pains et deux poissons à partager. Tout le monde peut s’asseoir dans l’herbe, former une sorte de cercle autour de Jésus et de ses disciples.
« Nous n’avons que cinq pains et deux poissons »
Nous n’avons que… ! Nous nous focalisons sur notre pauvreté, notre insuffisance, nos petits moyens, le manque d’engagement. Et pourtant Jésus-Christ ne nous en demande pas plus. Il attend de nous que nous les lui remettions !
« Apportez-les moi ici »
Jésus se fait apporter les pains et les poissons.
Il nous faut rendre grâce :
« Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits ! »
Rompre le pain et le distribuer à toute une assemblée devrait nous rappeler quelque chose. Il est vrai que la Cène n’a pas encore été instituée… et pourtant il nous la suggère fortement d’autant plus que, venant de Jésus-Christ, il est difficile d’y voir une simple tradition juive.
Alors ce miracle ce n’est pas le nombre de pains ou de poissons, c’est cette grâce, multipliée à l’infini, à travers la présence vivante du Christ qui seule peut nous nourrir à satiété.
Amen.