Prédication de Jean-Pierre JULIAN

Jean 9 v 1 à 41 : Sœurs et frères en Christ, chers aveugles, car nous sommes tous des aveugles de naissances, spirituellement parlant, c’est ce que cherche à nous dire l’Evangéliste Jean dans ce beau récit. Nous avons tous des écailles devant nos yeux qui nous empêchent de voir le jour tel qu’il est réellement. Un homme, un adulte aveugle de naissance se trouve donc sur le chemin de Jésus et de ses disciples. Ses disciples cherchent à expliquer les raisons et les causes du mal qui s’abattent sur notre humanité. D’où cette question étonnante : « Est-ce lui ou ces parents qui ont péché pour que ce malheur s’abatte sur lui ». Nous sommes ainsi faits, les uns et les autres, nous cherchons la cause ou les raisons du mal. Lorsque cela a lieu, un esprit d’accusation règne dans notre cœur puisque comme les disciples nous cherchons le coupable. Pourquoi cherchons-nous l’origine du mal ? Nous croyons nous suffisamment sage pour être en capacité d’expliquer le mal, le malheur ? Les disciples, forts de leurs connaissances bibliques, offrent deux solutions, deux explications. Les deux thèses tombent à l’eau. Nous ne sommes pas sur cette terre pour lancer des accusations, des jugements sur cet homme aveugle ou sur ces parents et encore moins sur la société, voir même sur ceux qui nous gouvernent. Qui sommes-nous pour juger qui que ce soit ? D’où la réponse de Jésus. Il n’est pas venu pour nous révéler tous les mystères du monde afin que nous nous gargarisions de notre intelligence. Il est venu pour que les œuvres de Dieu se manifestent en cet homme aveugle. Il est venu pour achever une œuvre qui avait besoin d’être achevée. Cette réponse de Jésus place les disciples dans une position inconfortable. Ils se rendent compte que le discernement de leurs intelligences est complètement faussé. Ils se découvrent aveugles avec les yeux de leurs esprits. Il croyait voir et comprendre le monde, les humains et eux-mêmes. Ils sont en réalité aveugles, spirituellement parlant, et nous avec eux. Ils vont se taire et faire comme nous, écouter cet aveugle qui n’est plus aveugle. J’attire votre attention sur le fait que l’aveugle de naissance n’interpelle pas Jésus. Il ne demande pas à être guéri. Il se laisse faire. Il laisse son Créateur redonner à sa créature sa véritable image et ressemblance. Il laisse son Seigneur lui toucher les yeux avec ses doigts remplie de terre et de sa salive. Il laisse son Sauveur œuvrer en Lui en toute bonté et discrétion. En effet, lorsque les œuvres de Dieu se manifestent en nous, nous qui étions courbés nous voilà redressé, nous qui ployions sous le poids de la culpabilité nous voilà déchargé, nous qui vivions dans le ressentiment à cause de toutes sortes d’humiliations subis, nous voilà guéri par ce même homme Jésus qui mêle sa salive à la terre pour guérir les yeux de cet aveugle de naissance. Nous voilà guérit par ce Christ qui nous parle au plus intime de nous-mêmes pour nous réveiller, nous relever.

Jésus dans ce récit guérit donc un être humain le jour du Sabbat. Cela agace les religieux car pour certains pharisiens de l’époque, le jour du sabbat : on ne travaille pas ! un point c’est tout ! Donc on ne guérit pas. Mais il y a plus dans ce récit, il y a aussi le refus de reconnaitre qu’un être humain puisse guérir un autre être humain, un aveugle de naissance de surcroit. Car pour ces pharisiens tout être humain est pécheur devant Dieu. Et nous sommes d’accord avec ces pharisiens sur ce constat. « Il est donc impossible, si nous connaissons la Bible et respectons les commandements de Dieu qu’un être humain, le jour du sabbat, travaille en guérissant quelqu’un. Cela prouve que cet homme Jésus ne respecte pas le Sabbat donc cela prouve qu’il n’est pas issu de Dieu, parce que s’il venait de Dieu, il respecterait le Sabbat. Donc c’est un imposteur. » Le raisonnement est implacable. Notre pharisianisme ici se révèle. Nous contestons ici le droit à quiconque de modifier la compréhension, l’interprétation que nous avons de la Bible donc de qui est Dieu et de ce que veut notre Dieu. Les religieux pharisiens que nous sommes ont enfermé un Dieu qui a été institué par les générations précédentes, dans les institutions religieuses. Rien ne doit modifier l’organigramme qui nous a été légué et que nous avons incorporé en nous-mêmes. « Dieu est là. Moi je suis là. Dieu est comme ça et me révèle ce que je dois faire et moi je dois correspondre à ce comme ça et à ce comment faire. » Jésus par son acte de guérison révèle à notre pharisianisme un aveuglement spirituel plus subtil. Dieu ne peut pas être enfermé dans une case, ni catalogué, ni réduit aux seuls commandements qu’il donne à ses enfants. Dieu est le Vivant, il est l’être par excellence, le mouvement et la vie. Et lorsqu’Il se manifeste en Jésus Christ, le Fils de l’homme, c’est toujours le Dieu Vivant qui agit, qui vit. C’est toujours le même Dieu insaisissable et Aimant.

Au verset 9 l’homme guérit répond à des gens qui le questionnent : « Non, disent-ils, il lui ressemble, mais ce n’est pas lui. » Et lui leurs répond : « si, c’est moi ». Ce « c’est moi » en grec dit autre chose, il dit quelque chose de plus profond, de plus fou, de plus étonnant. Car c’est le même « c’est moi » qu’utilise Jésus lorsque les gardes s’approchèrent de Lui pour l’arrêter. Il s’adresse aux gardes et lorsqu’il leurs dit « c’est moi, ils reculèrent et tombèrent » nous dit le texte. (18 v 6) La traduction de ce « c’est moi » en français occulte l’essentiel. Traduire c’est trahir nous le savons tous. Seule la langue grecque nous permet d’entendre la subtilité que nous énonce l’évangéliste Jean. Le grec est donc plus explicite. Ce « c’est moi » en français, en grec se traduit aussi par « moi, Je suis ». Ce « Moi, Je Suis » est une allusion au buissons ardent dans le livre de l’Exode. La Parole qui interpelle Moïse dans ce récit lui dit :« Moi, Je suis ». Jésus dit lui aussi : « Moi, Je Suis » lorsqu’il interpelle les gardes venus l’arrêter. L’homme guérit dit lui aussi : « moi, je suis ». Et c’est peut-être cela qui doit nous interpeller ce matin. Pourquoi cet être humain guérit ose dire ce « moi, je suis » ? Essayons d’approfondir cette question. Vous avez entendu que dans ce récit Jésus se décrit comme étant le Fils de l’homme. Ce Fils de l’homme sera aussi celui qui viendra à la fin des temps. Bref, cette notion de Fils de l’homme symbolise l’humanité réconciliée avec Dieu. De fait, toute personne qui entre en contact avec ce Fils de l’homme et qui accueille Sa Parole est en lien avec le Père. Le récit nous informe donc que cet être humain qui a été guérit par Jésus, n’a pas seulement été guérit des yeux mais aussi de tout son être puisqu’il ose cette parole « moi je suis. » Cela sous-entend qu’il est réconcilié avec le Père. Cet être humain guérit a été jeté dehors nous dit le récit par la suite. Jeté sûrement hors de la synagogue. Jésus s’approche alors de lui et entre en dialogue avec lui. Ce qu’il n’avait pas fait auparavant. Il lui demande : « es-tu prêt à placer Ta foi dans le Fils de l’homme qui vient ? » Il répond : « Qui est-t-il Seigneur. » Vous remarquerez qu’il voit en Jésus, le Seigneur. Et Jésus lui répond : « Tu l’as vu, celui qui parle avec toi, celui-là est ». A nouveau ici Jésus se révèle, il est. Il est l’être par excellence. L’être humain déjà guérit dit : « J’ai foi Seigneur et il se prosterna devant Lui ». Pour l’Evangéliste Jean, il ne fait pas de doute que Jésus est le Seigneur, le Christ, le Fils de Homme, le Fils de Dieu. Mais ici, il introduit une autre dimension. Cette autre dimension c’est l’annonce que lorsque Jésus, le Fils de l’homme, entre en relation avec chacun de nous, il nous offre Son être dans cette relation qu’il tisse avec nous. En effet, lorsque le Père, le Fils, l’Esprit, le « Je suis » entre en relation avec un individu il devient un « Je suis » à Son image et à Sa ressemblance. Nous sommes toujours nous-mêmes mais un nous-mêmes qui a été baptisé dans le Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Un nous-mêmes qui se nourrit dorénavant de la Parole de Dieu notre Père, qui adore le Seigneur Jésus avec les yeux de son esprit et qui respire dans le Saint Esprit cet Amour qui s’origine en Dieu seul afin d’en être un des innombrables témoins.

« Moi je suis venu dans ce monde pour un jugement afin que les non-voyants voient et que les voyants deviennent aveugles ». Nous dit Jésus notre Seigneur. Voilà une parole surprenante. Ceux qui prétendent voir ne voient pas et ceux qui ne voient pas vont voir. Dans quelle catégorie sommes-nous ? Sûrement un peu des deux à la fois. Le mot important, à mes yeux, dans ce passage de l’Evangile selon Jean c’est le terme de jugement. Ce jugement concerne notre esprit qui depuis le chapitre 3 du livre de la Genèse est décrit comme celui qui a fait le choix d’exister dans ce monde en s’opposant et en désobéissant à la Parole d’Amour de notre Dieu et Père. Cette opposition farouche à l’être même de Dieu fait que voulons exister en nous-mêmes, par nous-mêmes et pour nous-mêmes sans Dieu. Nous voyons générations après générations où cela nous conduit : guerres, destruction du vivant, oppressions en tout genre, instrumentalisation des religions, dérèglement climatique, et utilisation à deux reprises d’une bombe atomique lors d’une guerre. Ce chemin que nous suivons nous conduit vers le non être. La Parole créatrice s’est faite chair pour nous revêtir et délivrer notre esprit par Sa crucifixion, Sa mort et Sa résurrection. Notre esprit a donc été délivré de cette course vers le non être. Tel est le jugement de notre Dieu et Père. Si la Parole créatrice a fait ce chemin vers nous c’est afin que notre esprit accueille le Saint Esprit et apprenne, déjà ici-bas, à vivre selon Son Amour. Tel est le jugement de notre Dieu. Nous n’aimons pas ce terme de jugement parce qu’il sous-entend qu’il y a au-dessus de nous quelqu’un qui a l’autorité de prononcer non seulement un jugement juste sur notre vie, sur nos actes mais aussi d’être le Seul en capacité de nous délivrer de tout esclavage. Dans la Bible seul Dieu connait les cœurs et les reins, et lui seul est Amour, Justice, Sainteté, Vérité. Lui seul peut donc juger tous les actes secrets des êtres humains par Son Christ. Car Lui seul est Juste. Il est juste parce qu’il ne fait acception de personne, son impartialité est donc totale. Faisons un pas de plus. Sommes-nous d’accord aussi sur le fait que Lui seul est au-dessus de nous, tout en étant, semblable à nous par le Christ Jésus, car Celui qui est au-dessus de nous est aussi Celui qui lave les pieds de ses disciples. Mais ce n’est pas tout car par le Saint Esprit, il est en chacun de nous. Disons-le d’une autre façon. La Bible le décrit comme étant la Parole créatrice. Si Elle est Créatrice cela sous-entend que nous sommes créatures mais depuis que cette Parole créatrice s’est faite chair nous sommes devenus enfant de Dieu par Jésus Christ, ce qui sous-entend aussi que sommes des êtres pécheurs totalement justifié, rendu juste par Jésus le Crucifié ressuscité des morts notre Seigneur. Mais ce n’est pas tout, car cela confirme que nous sommes des êtres mortels et que ce corps de péché doit mourir car nous suivons le même chemin que celui de Jésus Christ en qui nous sommes et vers qui nous allons. Comme Il est ressuscité des morts et que nous vivons dans son souffle Saint une Espérance ferme vit en chacun nous, celle de l’immortalité à venir où Dieu sera tout en tous dans un corps semblable à Celui qui est ressuscité des morts. C’est grâce à cette ferme Espérance que son être d’Amour rayonne chaque jour dans nos corps mortels et que nous témoignons chaque jour de Son Amour sans faille offert gracieusement à toute notre humanité et à toute cette création qu’Il Aime. Amen.

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