Prédication de Jean-Pierre JULIAN le 13 décembre à St Pargoire

Prédication pendant le culte donné par Jean-Pierre Julian à Saint Pargoire au Temple le 13 décembre

Prédication de Jean-Pierre Julian le 13 décembre

Mon joug est léger à porter Matthieu 11 v 25 à 30

Sœurs et frères en Christ !

Le joug

Lorsque Jésus, notre Seigneur, prononce cette parole « mon joug est léger à porter » tout le monde, autour de lui, connaît le joug que les animaux ont sur leurs nuques pour tracer des sillons dans un champ, le labourer. Il y avait aussi un sens plus militaire autour de cette notion de joug. En effet, les généraux romains avaient comme habitude de faire passer les chefs et les soldats des armées qu’ils avaient vaincues sous un joug particulier. Ils plantaient deux javelots dans le sol, et plaçaient un autre javelot sur les deux autres et les vaincus devaient s’abaisser et passer sous ce joug. Enfin, lorsque Jésus prononce cette parole, il s’adresse aussi, d’une manière plus spirituelle, à des juifs qui vivent leur religion d’une manière très légaliste, moraliste (l’obligation de respecter la loi à la lettre). Ils la vivent comme un joug, empêtrés qu’ils sont dans toutes sortes de culpabilités, s’ils n’appliquent pas à la lettre cette loi, cette morale. Le mot joug a donc ici une harmonique intéressante et Jésus, notre Seigneur, joue de cette harmonique pour mettre en avant un autre joug, le sien. Dans la bouche de notre Seigneur ce terme de joug, tout en gardant son sens profond, va devenir libératoire. Nous y reviendrons par la suite.

Ceux qui sont chargés

Ce qui importe maintenant c’est de préciser cet appel que Jésus nous lance cet après-midi : « Vous qui travaillez avec peine, et qui êtes chargés venez à moi. » L’appel est ciblé, il s’adresse à ceux qui n’arrivent plus à sortir la tête hors de l’eau, à ceux qui la sortent péniblement, à ceux qui la sortent et puis replongent à nouveau malgré eux. Suite à cet appel qu’il nous lance, il y a une promesse : « je vous donnerai du repos. » Nous voilà donc, les uns et les autres, avec nos fardeaux qui nous empoisonnent l’existence, qui plombent notre vie, qui brisent nos élans, qui nous emprisonnent dans notre douleur, dans notre malheur, dans notre incapacité de nouer une relation paisible avec des proches. Chacun peut évidemment mettre derrière ce mot « fardeau » une réalité plus précise, la sienne et c’est cela qui importe. Car il est primordial de mettre un nom sur ce fardeau. Nommer un fardeau c’est déjà prendre de la distance avec celui-ci. Toutefois ce qui importe cet après-midi c’est surtout d’entendre l’appel de Jésus le Christ, notre Seigneur, le crucifié/ressuscité des morts. Son appel s’adresse donc à ceux qui sont épuisés et qui sont chargés, bref à chacun de nous.

Un fardeau c’est quoi ?

Le propre du fardeau c’est d’occuper le centre de notre vie. Et le propre de notre humanité c’est d’essayer, par tous les moyens, de s’en débarrasser, de s’en libérer, car il pèse ce fardeau, il fait mal, il empoisonne notre vie et, par voie de conséquence, la vie des proches et des moins proches. En réalité, ce fardeau s’est logé, malgré nous, au centre de notre vie. Et nous n’arrivons pas à nous en débarrasser vraiment. Il réapparait puis disparait. Nous le cantonnons dans un coin de notre vie, de notre mémoire ou bien nous essayons par toutes sortes de moyens de l’anesthésier par les médicaments par exemple, de le rendre léger par l’alcool, ou encore de le nier par une suractivité qui nous aide à survivre. Le drame du fardeau, c’est qu’il devient à la longue tellement pesant, collant, gluant qu’il génère en nous toutes sortes de maladies psychologiques, psychiques, physiques. Le paradoxe du fardeau c’est qu’il devient, au fil des années, un avec nous-même. Nous nous sommes tellement associés à lui que nous finissons parfois par exister, aux yeux des autres et de nous-mêmes, qu’à travers lui. Nous sommes devenus son esclave et lui notre raison d’être.

Venez à moi

Ce n’est donc pas un hasard si notre Seigneur Jésus s’intéresse à cette question toujours actuelle. « Venez à moi, nous dit-il, vous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et laissez moi vous instruire, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vous même ». Jésus nous propose-t-il un échange standard ? Je lui donne mon fardeau et j’accepte son joug ? Je lui donne la source de ma douleur, de ma souffrance, mon linge sale et en retour j’accueille son joug et ses instructions ?

Si cela s’avère exact comment quelqu’un peut-il prendre ce qui me pèse ? Alors que moi je n’ai pas réussi à m’en défaire ? C’est là une question délicate n’est-ce pas ? Ou alors, il se joue quelque chose d’autre. Quelque chose de plus simple, de plus profond et de plus libératoire.

Quelque chose de plus simple !

Oui, C’est d’une extrême simplicité : voilà que Jésus, notre Seigneur, désire vivre au centre de notre vie, à la place du fardeau. Oui, je dis bien, à la place de ce fardeau qui occupe tout l’espace vital. Ce fardeau qui nous fait vivre à travers son prisme est un véritable paradoxe. Il possède donc deux facettes. Il est à la fois pesant, insupportable et en même temps il est aussi celui qui m’offre un espace de reconnaissance sociale, qui me permet de dire ma douleur, d’exister aux yeux des autres, il est paradoxalement mon lieu d’existence. Je le répète, Jésus notre Seigneur, désire vivre au centre de notre vie à la place du fardeau, quel qu’il soit !

Quelque chose de plus profond !

Entrons maintenant dans les profondeurs de la foi chrétienne. Le Christ Jésus, notre Seigneur, nous dit dans ce même évangile selon Matthieu au chapitre 18 : « lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom : je suis au milieu de vous. » Et Dans la lettre aux Colossien (1 v 27) l’apôtre Paul nous révèle que : Dieu a voulu faire connaitre qu’elle est, parmi les non juifs, la glorieuse richesse de ce mystère (de la foi) : Christ en vous, l’espérance de la gloire. ». Voilà le mystère de la foi Chrétienne : Christ en vous, l’espérance de la gloire. Nous sommes plus de trois cet après-midi réuni en son nom. Le Seigneur est réellement au milieu de nous. Lorsque la foi est venue en chacun de nous le Christ, le choisi de Dieu s’est lové est en chacun de nous, au centre de notre vie. Il règne déjà en chacun de nous et cela jusqu’à la fin des temps. Lorsque nous réalisons cela, par le moyen de la foi, nous comprenons que le fardeau n’occupe plus le centre de notre existence. Celui qui règne en nous comme au milieu de nous c’est le Christ. Nous entrons en dialogue, dans notre intériorité, avec Celui qui nous aime, qui nous délivre, nous pardonne, nous offre même sa Vie, son Esprit Saint. Fort de tous ses dons, il nous donne la possibilité de le voir agir dans notre vie et dans celles des personnes que nous côtoyons. De fait, notre vis-à-vis, dans notre intériorité, ce n’est plus le fardeau, c’est la présence du Seigneur Jésus en tant que Père, Fils et Saint Esprit, Dieu lui-même qui nous offre un réel repos intérieur. Vivre sous le joug de Jésus Christ c’est donc apprendre à l’écouter, à l’adorer et à le servir, à entrer dans son repos.

Quelque chose de plus libératoire !

Cette belle prise de conscience d’une Présence permanente du Christ en nous, au centre de nous même que seule la foi nous permet de vivre est une véritable libération pour toute notre vie. Car de fait, tout le combat spirituel va consister à ce que ce joug que Jésus nous propose règne toujours au centre de notre vie. Pour cela, une certaine discipline est nécessaire, la même discipline que tout musicien, par exemple, s’impose pour permettre à son art de continuer à faire du bien à ceux et celles qui l’écoutent et cela en répétant journellement. Dans l’ordre de la foi et dans notre engagement chrétien, il en est de même. Une vie de prière est nécessaire, Une écoute de la parole est indispensable. Une adoration de Dieu est vivifiante. Une disponibilité au service de la Vie est à entretenir. Il nous appartient de le vivre et de l’assumer devant les autres. Ne vivons donc pas caché, ne soyons pas, non plus, exubérant mais vivons-le en toute simplicité.

Mon joug est bon et ma charge légère

Au début de cette prédication nous avons vu que Jésus, notre Seigneur, présentait son joug d’une manière positive. Pourquoi considère-t-il que son joug est bon et sa charge légère à porter ? Revenons au texte biblique, Jésus nous dit : « Prenez sur vous mon joug et laissez moi vous instruire car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vous même ». Ce n’est pas souvent que dans l’Evangile, Jésus notre Seigneur, se présente lui-même, et se décrive comme étant doux et humble de cœur. Il est donc important de s’arrêter sur ces mots car ils nous révèlent premièrement deux traits de caractère de notre Seigneur et deuxièmement cela va nous permettre de préciser ces deux notions. Une personne humble de cœur c’est quelqu’un qui a fait de l’humilité et de la discrétion sa manière d’être dans le monde, il ne cherche pas à s’imposer aux autres. Celui qui est doux n’est pas dur et exigeant à l’extrême comme pouvaient l’être certains pharisiens et docteurs de la loi à l’époque de jésus. Le doux, par sa parole et ses actes ne blesse pas l’âme. Cette double affirmation du Christ signifie aussi qu’il nous accepte tels que nous sommes et nous rejoint là où nous en sommes. Il nous prend par la main. Et par l’Esprit Saint, il nous aide à grandir dans la foi en Lui afin d’être un adulte en Christ. Marcher dans ses pas, dans Son Amour tel est donc notre vocation. C’est par ce chemin là que nous le trouverons et le rencontrerons dans le regard de notre prochain et au plus profond de nous-mêmes, dans le repos. Mais de quel repos, parlons-nous ici ? Et ce sera ma conclusion.

Le repos

Le repos se situe ici, dans ce face à face avec Dieu au plus profond de nous même. Le repos peut s’épanouir en nous parce que le fardeau ne règne plus au centre de notre vie, parce que c’est le Christ qui y règne, Christ en nous. Ce repos renouvèle notre vie parce que notre relation avec Dieu est vivante, parce que Dieu est le Vivant. Ce repos que Dieu nous propose n’est pas une sieste intérieure, ni l’évasion touristique par je ne sais quel mysticisme. Ce repos s’offre dans le quotidien de nos face à face avec Lui.

Mais quels sont ces face à face que nous avons avec Lui ? J’en discerne cinq, il y a en a d’autres bien entendu. Le premier peut avoir lieu lors d’une lecture à mi voix de la Bible. Tout d’un coup quelque chose s’éclaire en nous. Une nouvelle facette de notre Dieu nous apparaît, un comportement bien ancré en nous que l’on doit abandonner…Le deuxième face à face peut avoir lieu lors d’une prière où l’on se sent comme porté par Dieu, comme accompagné, comme guéri, comme apaisé dans nos profondeurs. Le troisième peut avoir lieu lorsque nous sommes entrain de méditer la Parole, lorsque nous ruminons la parole. Notre esprit cherche à discerner un sens puis, tout à coup, le sens s’éclaire et nous vivons un ravissement intérieur, une joie intérieure qui nous pousse vers une communion encore plus profonde avec Dieu et avec les êtres humains. Le quatrième face à face peut avoir lieu lors d’un culte, pendant la liturgie, le chant, la prédication, la cène, un silence. Tout d’un coup une Parole nous rejoint et nous avons, alors, la conviction que cette Parole nous est adressée personnellement pour que nous l’approfondissions. Le cinquième face à face peut avoir lieu lors d’une rencontre banale avec une personne croyante ou non croyante, où, Dieu aidant, cette personne, par ses gestes, sa parole va nous apporter une réponse, un questionnement nouveau, comme si Dieu nous parlait à travers elle. Une dernière remarque concernant tous ces face à face possibles. C’est toujours Dieu qui prend l’initiative de nous rencontrer. Car il connait, mieux que nous-mêmes, le moment propice pour être à Son écoute. Amen

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