Prédication de Jean-Pierre JULIAN le 23 août 2026

culte de 23 août au Temple de Clermont l'Hérault

prédication de Jean-Pierre Julian

Mattieu 15 v 21 à 28 (Les trois murs)

Sœurs et frères en Christ cette femme cananéenne qui n’a pas de nom est admirable. Par son cri, son acte et sa répartie elle brise à elles seules trois murs qui emprisonnent notre existence.

Le mur de la peur du quand-dira-t-on

Le premier mur est celui des conventions sociales de toute époque. On ne crie pas en pleine rue en s’adressant à un individu. Car crier de la sorte nous fait passer pour une personne folle, dangereuse, voir même une paria qui n’a jamais appris les conventions du vivre ensemble. Nous savons les raisons de son cri. Elle ne crie pas pour elle-même mais pour sa fille, la chair de sa chair qui, dit-elle, est « possédée du démon ». Nous ne savons pas de quel démon elle parle, ni de la nature de cette possession. Mais nous comprenons le cri de cette mère, qui, même si elle ne respecte aucune convention sociale, nous touche par son cri. Son cri agace les disciples qui, eux aussi, ne veulent pas être mal vu par les autochtones. Les disciples sont attentifs aussi aux conventions sociales. Ici le premier mur qui s’écroule grâce à cette femme qui crie c’est donc le mur de la peur du quand-dira-t-on. Vous savez cette peur du regard des autres, de leurs jugements, de leurs appréciations. Vous savez cette peur du regard social que nous avons enfouie en nous et qui est devenu au fil du temps une véritable loi intérieure. Mais le problème de cette loi intérieure qui nous domine, nous dirige, c’est qu’elle nous empêche de vivre tout simplement. La peur de l’autre, la peur de mal faire sont un pain quotidien qui anesthésie notre désir de vivre. Cette loi de la peur anime donc aussi les disciples de Jésus. Alors ils se tournent vers leur maitre. Lui qui a autorité. Et lui demandent que cesse ces cris qui les dérange eux et ceux qui les observent sur le palier de leurs portes, sur leurs terrasses, derrière les rideaux de leurs fenêtres. « Qu’il la chasse, qu’il la délivre enfin et que l’on en finisse une bonne fois pour toute. » Pourtant la parole que professe cette femme devrait les alerter. Mais peut-être n’entendent-ils que la puissance de ce cri ? Il est vrai que lorsqu’une personne vous crie dessus vous n’entendez pas les paroles dites mais la force du cri.

Le mur de la peur de l’inconnu

« Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David » dit-elle. Elle s’adresse directement à Jésus. Voici le deuxième mur que franchit cette femme cananéenne. Elle parle directement à Jésus. Elle ne demande pas aux disciples d’être les intermédiaires pour sa cause. Etonnamment, Jésus ne répond pas au cri de cette femme, Il s’adresse seulement aux disciples qui se trouvent autour de Lui, en leur disant « qu’il n’a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Lorsqu’il dit cette parole la femme l’entend-elle ? Le dit-il suffisamment fort pour qu’elle l’entende ? Le texte ne le dit pas. Mais il s’avère que suite à cette parole de Jésus à ses disciples. Elle vient franchir ce double mur, celui de la parole de Jésus et le corps des disciples qui l’entourent. Elle n’a pas peur de cette parole de Jésus, elle n’a pas peur de la présence physique des disciples. Elle n’écoute plus les multiples peurs qui nous traverses et qui parfois nous paralysent. Elle n’est plus l’esclave de toutes ces peurs sociales, nationales que nous intériorisons. Sa vie n’est plus l’esclave de toutes ces peurs bien ancrées en chacun de nous. Une autre force l’anime et la pousse à crier, à traverser le mur physique des disciples. Cette force c’est la foi en Jésus Seigneur, cette foi qui vient de Dieu lui-même, cette foi qui n’est mue que par l’Amour, la Vie, la vraie Vie, celle qui célèbre la Vie elle-même. Cette force, cette foi, cette Parole qui est déjà en chacun de nous, anime cette femme cananéenne. Une femme s’adresse donc directement à Jésus. Elle a franchi, par la seule foi qui l’anime, deux murs : celui de la peur du qu’en-dira-t-on et celui maintenant de la peur de l’inconnu. Elle ne sait pas comment va réagir Jésus à son cri et à son acte, elle ne sait pas qu’elle va être la réaction des disciples à son égard. La femme cananéenne renverse les codes, renverse la table tout en étant respectueuse envers Jésus. Elle le nomme Seigneur, Fils de David et elle demande Sa miséricorde. Elle ose se prosterner devant Lui car elle le reconnait comme étant Dieu, non pas un Dieu, mais Dieu Lui-même qui en tant que Fils Unique accompli par L’Esprit Saint l’œuvre du Père. Elle quémande sa compassion, elle le considère comme étant le Seigneur, elle la cananéenne. Les mots ont du poids ici. Et le fait de dire « fils de David » indique clairement qu’elle voit en cet homme Jésus, pas seulement un thérapeute, un guérisseur, mais le Seigneur lui-même en chair et en os. C’est la deuxième fois qu’elle L’appelle Seigneur. Mais cette fois-ci elle demande d’être secourue, elle. Elle ne nomme ni sa fille, ni le démon mais elle-même : « Seigneur vient à mon secours. » Qu’il nous est dur de reconnaitre que nous avons besoin d’un sauveur. Nous qui préférons nous en sortir tout seul. Nous qui pensons que nos propres forces nous sortirons de l’impasse dans laquelle nous sommes tombées. Nous qui ne voulons l’aide de personne et surtout pas celle du Seigneur. « Il a d’autres affaires plus importantes à régler que les soucis, les drames de ma petite personne », pense-t-on parfois. Demander le secours à un Seigneur, à un Sauveur, c’est tomber bien bas pour certaines personnes. « Aide-toi et le ciel t’aidera », entend-t-on souvent. Et pourtant, demander secours au Seigneur Jésus c’est reconnaitre que nous sommes des êtres nus, totalement nus. Nous sommes des créatures, faillibles, pécheresses, mortelles. Résolument mortelle. Et toutes les techniques du monde, et toutes les sciences les plus sophistiqués du monde ne pourront pas changer notre réalité de créature. La femme cananéenne l’a très bien compris. Elle se prosterne devant Celui qui est la Vie, elle lui demande secours en tant que créature. Mais une créature qui parle et qui s’adresse à Son Créateur en toute liberté, en ce Seigneur qui est la Parole faite chair. Et nous arrivons ici au franchissement du troisième mur.

Le mur du son du notre silence intérieur

La femme se prosterne devant Jésus Seigneur et engage donc un dialogue avec Celui qui Est, qui Était et qui Vient. Jésus reformule la parole qu’il avait adressé à ses disciples. Il leur avait dit : « je n’ai été envoyé que vers les brebis égarées de la maison d’Israël. » Il dit cette fois-ci à la femme : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ». Cette Parole est étonnante à plus d’un titre. Une femme demande de l’aide pour son enfant, puis pour elle-même. Jésus précise que ceux qui sont de la maison d’Israël, les brebis, sont aussi ses enfants. Puis Il lui rappelle qu’elle est un « petit chien » c’est-à-dire dans le langage de l’époque qu’elle est incapable, par ce que non juive, de discerner le pain de vie, du pain sans vie. Le vocable « petit chien » dans le langage religieux de l’époque décrit donc un individu qui mange à tous les râteliers et qu’il ne sait pas discerner la nourriture qui donne la Vie et celle qui conduit à la mort. Il est incapable de discerner cela car il ne connait pas la loi de Dieu, la Parole vivante de Dieu. Les disciples sont toujours autour de Jésus et écoute ce dialogue qui s’engage entre le maitre et la femme cananéenne. Le simple fait que Jésus le Seigneur réponde à la demande de la secourir indique qu’un dialogue de foi entre le Seigneur et la femme est engagé. Celle qui se fait traitée ici de « petit chien » l’a nommé à deux reprise Seigneur et lui a rappelé qu’il était de la lignée de David. Jésus n’est pas dupe. N’oublions pas qu’Il est décrit dans le nouveau testament comme Celui qui connait la profondeur et la réalité de l’intime de chacun d’entre-nous. Ce mur du son que franchit cette femme cananéenne est celui où l’individu ose s’adresser à son Dieu, à Son Seigneur. Elle brise par la foi qui l’anime cette solitude profonde dans laquelle son être se trouvait. Elle voit en Jésus le Seigneur. Cette force, cette foi, cette Parole qui l’anime traverse ce mur du son du silence dans laquelle elle vivait. Elle entre en dialogue avec Son Seigneur, tout en étant respectueuse au plus haut point, puisqu’elle se prosterne devant Lui, ce que n’ont jamais fait les disciples encore. Une parole libre s’engage entre Jésus le Seigneur et la femme. La femme reconnait son statut « de petit chien », c’est-à-dire sa méconnaissance de la Parole de Dieu, sa tendance à se nourrir à toutes sorte de râtelier. Mais pour autant cela ne l’interdit pas de se nourrir à la Parole de vie, au pain qui vient du ciel. La parole de la femme est donc admirable car en disant : « oui, Seigneur, les petits chiens mangent aussi les miettes qui tombent de la table de leurs maitres ». Elle reconnait ici la vocation première d’Israël d’être lumière des nations. La femme cananéenne est une disciple qui se nourrit des miettes qui tombent de la table des maitres. Les maitres c’est le Dieu d’Abraham, d’Isaak et de Jacob, c’est donc le peuple juif avec tous les prophètes, les rois comme David et Jésus Lui-même qui est Seigneur, Fils de David. Il y a ici l’annonce que le Salut n’est plus réservé au seul peuple juif mais qui, dorénavant, s’ouvre au monde entier. Jésus répond à nouveau à la femme. Et cette réponse sous-entend clairement qu’un vrai dialogue est engagé avec l’humanité entière que symbolise la femme cananéenne. Un dialogue de Vie que tout individu peut désormais engager avec Dieu notre Père au Nom de Jésus Christ et par l’Esprit Saint. Jésus s’adresse directement à la femme. Il lui révèle que sa foi est grande. « Grande est ta foi ». Lui seul peut dire cela, car Lui seul sonde les cœurs et les reins. En disant cette Parole, il authentifie la foi de cette femme, Il l’encourage à s’appuyer sur cette foi qui l’anime. Les disciples sont toujours là. Ils sont cois. Eux qui voulaient que Jésus les délivre des cris de cette femme, voilà que Jésus déclare que celle-ci a une grande foi. Ils s’interrogent. C’est quoi une grande foi ? Une grande foi c’est, peut-être, une foi qui n’écoute plus les peurs du quand-dira-t-on, les multiples peurs qui nous assaillent devant l’inconnu qui s’ouvre devant nous, le silence abyssal dans le lequel nous vivons lorsque nous tournons le dos à Dieu. C’est aussi cette peur d’assumer, devant Celui qui est la Vie notre véritable nudité devant Lui. La femme cananéenne assume pleinement cette nudité devant le Seigneur Jésus. : « Qu’il te soit fait comme tu le veux » lui dit-il. La volonté de la femme se fait servante de la foi ici, et non pas le contraire. Le miracle de la guérison de son enfant passe au second plan. La guérison de la fille de la femme cananéenne a été réalisé mais le plus important n’est pas dans le fait de la guérison, c’est l’annonce que le salut n’a plus de frontière. Toute l’humanité est invitée à accueillir et à Vivre des miettes de cette Parole de Vie portée par Abraham, Isaak, Jacob, Moïse, Josué, David, les prophètes et tant d’autres personnes membres de ce peuple des hébreux de qui est issus, selon la chair, le Seigneur Jésus. Nous mangeons, nous les païens, les miettes qui tombent de la table de notre maitre à tous : le Seigneur Jésus. Que Son Nom soit bénis.

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