Prédication de Jean-Pierre Julian
Une intériorité libérée par Jésus Christ et habité par L’Esprit Saint
Matthieu 2 v 1 à 23
Hérode n’aime pas la concurrence
Sœurs et frères en Christ, dans ce récit, ce sont les mages qui font courir le bruit dans Jérusalem que le Roi des juifs vient de naitre. La rumeur s’amplifie et elle arrive aux oreilles du Roi Hérode. A ses yeux, il est impossible que deux Rois puissent co-exister dans une même ville et notamment à Jérusalem. Pour Hérode, cela est clair, cet enfant deviendra un concurrent un jour ou l’autre. Il est donc important, pour Hérode, d’agir rapidement. A cette époque, le meurtre était le moyen le plus rapide pour arriver à ses fins. L’idéologie bien connue par tous : « la fin qui justifie les moyens » est aussi vieille qu’Hérode… Tout comme le colportage de rumeurs, nos réseaux sociaux n’ont rien inventé. La lutte pour conserver ou obtenir le pouvoir est toujours aussi féroce aujourd’hui comme hier. Mais au-delà de cette concurrence pouvant générer des comportements violents, nous pouvons déjà discerner un malentendu et aussi une juste inquiétude de la part du Roi Hérode. Commençons par le malentendu : Nous le savons par les Evangiles, Jésus n’a jamais cherché à briguer un quelconque pouvoir. Le pouvoir politique, militaire et religieux ne l’intéressait pas. Mais comme chacun voit midi à sa porte, Hérode ne s’est jamais posé comme question : quelle était donc cette royauté, ce royaume des cieux, qu’annonçait la naissance de Jésus ? Hérode en entendant le vocable « Roi » pensait que cet enfant lui prendrait un jour ou l’autre sa place. Nous sommes donc ici dans un réel malentendu qui va pousser Hérode à convoquer en secret les Mages, pour fomenter et commettre, par la suite, une infamie, un infanticide de masse. En même temps ce récit nous révèle une pulsion profonde de notre humanité : celle du meurtre. Et ce désir de meurtre, ici chez Hérode, ne se cantonne pas dans le seul univers du monde politique. Chaque année, combien de femmes sont assassinées par leur conjoints, leurs ex-compagnons, leurs copains. Cette pulsion de meurtre est plus répandue que nous le pensons. Continuons maintenant avec cette juste inquiétude qui nait dans le cœur du Roi Hérode : La royauté de cet enfant qu’annonce les Mages est en réalité une libération beaucoup plus profonde et radicale pour chaque individu. C’est une royauté redoutable qui s’énonce ici. En effet, cette royauté de Jésus va délivrer l’être humain du péché. Le péché, je le rappelle, est cette coupure relationnelle d’avec le Père. Notre humanité nous raconte le récit du chapitre 3 de la Genèse, a écouté une autre parole que celle de Dieu et en obéissant et en étant fidèle à cette autre parole, nous nous sommes placés en opposition frontale avec le Dieu de la vie et de l’Amour, nous lui avons montrer notre nuque. Le Seigneur Jésus en ce faisant péché sur la croix, en subissant la mort-qui est la conséquence du péché- et en ressuscitant des morts, a instauré une nouvelle royauté dans notre intériorité. C’est cette nouvelle royauté dans notre intériorité qu’annonce le texte de l’Evangéliste Matthieu. La royauté de Jésus est donc une royauté plus grande, plus profonde, plus radicale que la royauté d’Hérode puisqu’elle concerne notre intériorité donc la totalité de notre être. C’est parce que le Christ est en chacun de nous qu’une paix profonde règne au centre de notre être. Cette paix ne donne aucun espace à la peur, à toute accusation infondée, à ce goût détestable de la division entre les êtres, à ce plaisir malsain de toutes sortes d’adversités. Cette paix est une muraille contre toute colère qui cherche à nous posséder pour commettre l’irréparable. La royauté de Jésus est donc plus profonde car plus intérieure, plus radicale car elle vient de Dieu Lui-même.
Les trois cadeaux des mages : Mais pour que cette royauté de Jésus, notre Seigneur, règne en chacun de nous, pour la comprendre et la vivre, il nous suffit, tout simplement, de nous attarder sur la symbolique profonde de ces trois offrandes qui sont offerts à l’enfant Jésus. Des mages donc s’approchent et lui offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or dans la Bible symbolise ce qu’il y a de plus précieux, et ce qui est très précieux dans la Bible ce sont les objets cultuels comme l’arche de l’alliance. L’Arche de l’alliance contenait la Mane dans un vase d’or, le bâton d’Aaron qui a fleurit et les deux tablettes avec les dix commandements. Cette Arche de l’alliance était recouverte d’or pur en dedans et au dehors avec deux anges en or qui la couvrait de leurs ombres. La symbolique est claire ici. Cet enfant/Roi est aussi précieux que l’arche de l’alliance avec son contenu. Cet enfant Roi est l’arche de l’alliance. Cet enfant/Roi n’est-il pas celui qui nourrit les foules par la multiplication des pains et des poissons, mais aussi celui qui choisit les douze Apôtres mais encore celui qui accomplit par sa vie les dix commandements ? Venons-en maintenant à l’encens. L’encens dans la Bible symbolise les prières de louange, de reconnaissance, de demande, d’actions de grâces, d’actions de gloire. Prières qui montent vers Dieu. L’encens était utilisé dans la tente de la rencontre où se trouvait l’arche de l’alliance. Seul le grand prêtre pouvait entrer dans le saint des saints, le lieu où se trouvait l’arche de l’alliance et offrir à Dieu la prière du peuple. La symbolique est tout aussi claire ici : Cet enfant/Roi est aussi grand prêtre, le seul qui est autorisé à entrer dans le saint des saints où se situe l’arche de l’alliance. Le seul qui a autorité pour asperger de Sang cette arche lors du jour du grand pardon. Sur la croix, c’est le sang du Christ qui sera offert pour le pardon de la multitude. Terminons-en avec la myrrhe. En ce qui concerne la myrrhe sa particularité c’est qu’elle entrait dans la composition de l’huile sacré qui servait à oindre l’arche d’alliance et ses accessoires, une manière de la sanctifier, de la purifier. Dans la Bible le Roi David a été oint par le prophète Samuel. La myrrhe est donc fortement liée au prophétisme. L’enfant/Roi et grand prêtre par cette offrande qu’il reçoit est décrit comme étant le prophète par excellence. Le prophète est celui qui prononce la parole de Dieu. Il a été choisi par Dieu pour proclamer Sa parole. Israël depuis plusieurs siècles attendait la venue d’un grand prophète de la trempe de Moïse. En effet, dans le livre du Deutéronome au chapitre 18 v 19. Dieu parle à Moïse et lui dit : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche et il leur dira tout ce que je lui commanderai. » Ainsi l’enfant Jésus qui reçoit ses trois offrandes est décrit comme celui qui règne dans notre intériorité. Il règne en tant que grand Roi mais aussi en tant que grand prêtre mais encore en tant que grand prophète. En décidant d’habiter pleinement notre humanité et donc notre intériorité notre Père par son Fils avec l’Esprit Saint a ainsi redéfinit les bases, les fondements de notre humanité.
Quels sont Ces fondements ? J’en discerne trois. Premier fondement : Nous appartenons à un Seigneur : le Seigneur Jésus. Donc aucun pouvoir n’a d’autorité sur nous, nous ne sommes l’esclave d’aucun état, d’aucun pouvoir, qu’il soit politique, militaire, religieux, médiatique, économique, numérique. Le Seigneur que nous servons nous enseigne l’Amour du prochain quel qu’il soit. Cela peut agacer le politique qui combat des adversaires, le militaire qui combat des ennemis, le religieux qui combat les autres religions. Cela peut agacer les médias qui pensent détenir la vérité, l’économie qui est devenu l’esclave de l’argent, le numérique qui veut connaitre tous nos désirs pour nous inciter à consommer toujours plus. Nous avons un grand Roi qui règne au plus intime de nous-mêmes. Nous nous nourrissons de Sa Parole. C’est donc le premier fondement. Deuxième fondement : Nous vivons de la grâce que Jésus Christ a acquis pour nous sur la croix, dans sa mort et de par sa résurrection. Nous ne cherchons plus à prouver aux autres et à soi-même que nous sommes justes. Nous ne courrons plus après l’obtention d’une belle image de nous-mêmes. Nous sommes rendus juste par Jésus Christ, le Crucifié Ressuscité des morts. Nous le contemplons sur la croix et nous comprenons qu’il est le grand prêtre qui nous offre sa grâce surabondante par son sang répandu et de par sa résurrection. Nous avons un grand prêtre qui règne au plus intime de nous-mêmes. Nous le contemplons sur la croix. Troisième fondement : Nous avons reçus l’Esprit Saint, un souffle nouveau celui du Christ Jésus. Nous ne dépendons plus de l’ancien souffle. Cet ancien souffle qui nous faisait croire que le prochain était un adversaire, un concurrent. Et qu’il fallait l’éliminer, le tromper, le rabaisser, l’ignorer, l’utiliser, le manipuler, le moquer. Grâce à ce souffle nouveau, nous sommes les ambassadeurs et les ambassadrices du Christ Jésus : Nous sommes au service de Sa vie, de Son Amour, de Sa grâce. Nous avons un grand prophète qui règne au plus intime de nous-mêmes. Nous sommes à l’Ecoute et au bénéfice de Sa sagesse.
La foi une relation avec le Dieu de la Vie
Le comportement du Roi Hérode et le comportement des Mages nous révèle une réelle tension que suscite la venue de Jésus Christ dans notre vie. Les Mages par leurs offrandes annonce la naissance d’une nouvelle liberté mais une liberté beaucoup plus large et profonde que ce que peut nous offrir chaque société humaine. Et c’est en cela que la bonne nouvelle de Jésus Christ est dérangeante, profondément dérangeante si nous la prenons au sérieux. En effet, tant qu’elle reste dans le champ de la morale. C’est-à-dire comme si la foi avait comme vocation de nous dire ce qui est bien ou ce qui est mal ou encore comme si la foi en Jésus devait se réduire en une loi que l’on doit respecter. Tout cela nous conduit dans une impasse. La foi qui est venue dans notre vie est une relation que nous entretenons avec notre Père au Nom de Jésus Christ par l’Esprit saint. Si la bonne nouvelle de Jésus Christ reste dans le champ de la morale, elle en perd son sel. Il en est de même lorsque la bonne nouvelle de Jésus Christ reste dans le confort d’une identité qui se perpétue à travers les générations. La foi n’est pas une identité, elle est don de soi dans une louange renouvelée adressée au Père dans le Fils et par l’Esprit Saint. Elle ne se réduit pas aux chrétiens qui nous ressemblent, elles ne se réduit pas à un prêt à penser. Si la foi reste dans le confort d’une identité qui se perpétue à travers les générations, elle en perd son sel. Il en est de même lorsque la bonne nouvelle de Jésus Christ s’accoquine avec le pouvoir politique, royal, militaire, économique, médiatique, numérique. Elle en perd son sel. La foi n’est pas là pour servir tous ces pouvoirs qui sont utiles pour la société. Elle n’est pas là pour prouver son utilité à tous ces pouvoirs en place. La foi en Jésus Christ est une relation avec le Dieu de la Vie, de l’Amour. Elle offre à chaque individu de prendre conscience qu’il est un serviteur inutile, qu’il n’est qu’un sarment qui laisse passer en lui la sève sanctifiante du Dieu Un afin que le fruit de l’Esprit Saint rayonne hors de son humanité et rencontre celle du prochain qu’il côtoie. Amen.