Le bon berger donne sa vie pour ses moutons

 Troisième dimanche après Pâques, dimanche 26 avril 2026, prédication du pasteur Daniel Cassou

C’est une histoire, de berger, de moutons, de loup et de voleurs, des ingrédients que Walt Disney aurait pu illustrer dans une bande dessinée pour le bonheur d’un jeune public.

Ici, il s’agit d’une tout autre histoire, celle d’un combat pour que la vie jaillisse face à des puissances de mort et que la volonté de Dieu s’accomplisse.

 

Qui est le véritable berger en Israël ?

Dans l’Évangile, la réponse fuse : celui qui inlassablement guérit, rencontre et restaure, en opposition à ceux qui veulent maintenir une fidélité aveugle a des préceptes qui ne respectent plus que du bout des lèvres ?

Pour notre méditation, je souhaiterais reprendre trois affirmations de l’évangile de Jean qui nous permettent de mieux comprendre la mission de Jésus :

 

1 — Jésus est le bon berger,

il est celui qui vient de guérir cet aveugle de naissance, comme un mouton rejeté par les pharisiens. L’autorité de Jésus ouvre ainsi une voie nouvelle pour les humains qui est immédiatement contestée par les spécialistes de la Torah. Cela se confirmera avec le retour à la vie de Lazare au chapitre 11, où la puissance de la vie se révèle première face à la résignation.

Moi, je suis le bon berger, c’est une déclaration d’amour pour que la vie triomphe.

Nous ne croisons plus de bergers guidant leurs troupeaux. Cette image peut nous paraitre archaïque, mais Jésus utilise cette métaphore de la vie quotidienne de son temps. Dans les villages de Palestine, chaque matin, le berger se rend à l’enclos. Son troupeau — et ceux des autres bergers — y ont passé la nuit, à l’abri des voleurs et des loups, car l’enclos est gardé par un portier. Pour voler un mouton, les voleurs devront donc escalader sans bruit la clôture.

Chaque berger, qui se présente à la porte, a un timbre de voix qui lui est propre, une façon particulière d’appeler ses bêtes. Les moutons qui vont sortir seront ceux qui appartiennent au berger qui les appelle. Peut-être le berger a-t-il donné un nom à chacune de ses bêtes. Certains bergers sont propriétaires de leur troupeau ; d’autres travaillent comme salariés. Durant tout le jour, le rôle du berger est de conduire le troupeau vers les lieux de pâturage où il pourra se nourrir.

 

Le Christ dans l’évangile de Jean utilise ce terme pour parler du rôle qu’il a à l’égard de ses disciples, de ses amis, et plus largement auprès de tous les êtres humains qui croient déjà ou qui, un jour, croiront en lui.

Jésus est celui qui fait vivre. Il veut guider les siens vers un Dieu qui les aime et qui attend leur amour. C’est par compassion que Jésus soigne, guérit et enseigne ces foules qu’il perçoit comme des moutons sans berger. Le Christ se présente lui-même comme le bon berger. Il ne poursuit pas ses propres intérêts, mais il est venu pour servir, il est prêt à donner sa vie pour ses moutons. Il se présente comme celui, par lequel Dieu vient se rend présent, pour prendre soin de son peuple.

 

2— Le bon berger fait don de sa vie à ses moutons.

Cette affirmation trouve tout son sens en songeant à ce que dit Jésus dans l’évangile de Matthieu : « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20.28). Face au danger, Jésus ne fuira pas comme un mercenaire.

L’évangéliste Jean souligne fortement cette interprétation, beaucoup plus que les trois autres évangélistes, la mort du Christ n’est pas un accident de l’histoire ni le résultat d’une injustice ou d’une erreur judiciaire, Jésus y va volontairement et librement. En allant sur la croix, il va jusqu’au bout de sa mission, cette mission que le Père lui a confiée. La mort du Christ est la preuve de son amour pour ses amis (15,13), bien plus, elle est la preuve de l’amour du Père pour le monde (3,16).

Dans cette parabole, Jésus nous apprend surtout la qualité du lien qui l’unit à chacun et à chacune de nous. Nous sommes à lui, chacun y est avec sa présence propre et unique… Le don de soi est donc la marque du bon berger et c’est à cette ultime preuve d’amour que les disciples vont reconnaitre en Jésus leur Seigneur et Sauveur. Jésus a ouvert le chemin. Le bon Berger ne lance pas son troupeau en avant, tout en restant à l’arrière-garde. Le Christ par sa mort et sa résurrection ouvre une voie nouvelle, lui qui est le chemin, la vérité et la vie.

Le bon berger nous rend ainsi participants à sa victoire et nous conduit à la rencontre de Dieu, avec lui, le « mouton » n’est donc pas un objet, plus ou moins docile. Il n’est pas juste un numéro, ou toute autre référence déshumanisante. Il est une personne connue et reconnue par son nom.

Le bon berger nourrit, protège, nomme et rassemble ses moutons, mais pas seulement ! Il leur donne aussi la vie, ce à quoi aucun autre berger ne peut prétendre. Il leur donne la vie éternelle que rien ne peut anéantir : elles ne périront jamais. Cette vie est indestructible parce qu’elle est placée sous la garde indéfectible du bon berger : « Personne ne pourra les arracher de ma main. Moi, je suis venu, afin que les moutons aient la vie et qu’elles l’aient en abondance ». Cette affirmation nous ouvre à une formidable espérance ! Nous comprenons alors que l’enjeu ultime de ce texte est la vie. Rien de moins que la victoire sur la vie ! Un appel à la vie que nous recevons comme signe d’un amour inconditionnel de Dieu à notre égard.

Cet évangile du « bon berger » nous permet de mieux approcher le mystère de notre vie et d’en percevoir l’insondable profondeur. Il nous rappelle que si la vie est notre bien le plus précieux, elle a vocation à s’épanouir dans notre relation avec le Christ, celui en qui est la plénitude de la vie, une relation d’amour si profonde et si totale que même la mort ne peut menacer ou détruire.

C’est en lui et par lui que nous sommes unis les uns aux autres, tous « moutons » du même berger, tous cherchés, appelés, nommés et sauvés par l’amour de celui en qui notre foi salue le Fils de Dieu, le Christ et le berger des hommes.

 

3— l’être humain au centre de la mission de Dieu

Jésus est envoyé par son Père pour nous faire goûter l’amour inconditionnel de Dieu et sa miséricorde. La démarche de Jésus est inclusive parce qu’il veut que tous aient la vie en abondance, comme l’a voulu son Père, notre Père. Il va jusqu’au bout de l’amour pour nous rassembler en un seul corps et un seul esprit. Jésus entre dans la logique du Père, qui ne veut perdre aucun de ses enfants parce qu’il y a un seul troupeau et un seul berger. Tous ceux et celles qui reconnaissent en Jésus le Fils de Dieu et qui écoutent sa voix entrent en communion avec le Père, le Fils et l’Esprit. Ceux et celles qui ont fait une expérience avec le Christ ressuscité connaissent le Père pour sa bienveillance et le remercient d’avoir envoyé son Fils pour nous délivrer de la mort spirituelle qui n’est autre qu’une rupture du lien d’amour qui nous unit au Père et nous unit les uns aux autres. Marcher dans la foi, c’est vivre cette communion !

 

Dans ce monde tumultueux où nous sommes sans cesse confrontés à des défis dans notre vie de tous les instants, il est si bon de relire cet évangile de Jean ce matin. C’est si bon de relire qu’aucun loup (donc aucune épreuve, solitude, blessure ou faute) ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu et faire peur à notre berger ! Cela nous touche que notre berger donne sa vie, son être pour nous, ses moutons si fragiles, et si limités que nous sommes.

Choisir le Christ comme berger est accepté qu’il nous conduise et nous guide. Il ouvre un chemin d’humanité. Donner sa vie n’est pas un sacrifice, mais un don librement consenti pour nous. Il nous appartient de reconnaitre sa voix et de le suivre pour vivre cette vie en abondance.

Amen

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