Prédication de Jean-Pierre JULIAN

culte de dimanche à Clermont l'Hérault

Prédication de Jean-Pierre JULIAN de 22 mars 2026

Jean 11 v 1 à 45 (Quatre haltes) : Sœurs et frères en Christ, nous connaissons tous ce récit pour l’avoir lu, entendu et même vu dans des films ou des séries télévisées. Il va falloir nous défaire de tout cela pour l’entendre et le découvrir comme si nous le vivions ici et maintenant pour la première fois ; comme si le Christ Jésus nous parlait en tête à tête ; comme si nous étions à côté de Lui, comme si nous étions avec Marthe, Marie et leurs amis qui les ont accompagnés devant la tombe de Lazare leur frère, leur ami ; comme si nous étions avec Lazare dont le nom veut dire « Dieu a Aidé » et que nous entendions cette voix puissamment aimante de Jésus lui dire, et de nous dire, de se réveiller et de sortir de notre torpeur. Mais pour vivre ce récit de cette façon nous devons y entrer plus en profondeur et pour cela nous allons faire quatre haltes.

Première halte : c’est l’annonce de la maladie de Lazare, puis de sa mort. Jésus agit ici comme avec l’aveugle de naissance du chapitre 9 de cet Evangile. Il dit, « cette maladie de Lazare n’est pas pour la mort mais en vue de la gloire de Dieu afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. » Cette parole nous semble un peu hermétique, énigmatique. Et pour cause, elle nous confronte à l’impensable de la mort. Nous sommes dans l’incapacité de penser au-delà de la mort. Les disciples comme à leurs habitudes sont décrits comme des personnes qui ne comprennent pas la profondeur des paroles de Jésus. Ils pensent que Lazare fait une sieste à cause de cette maladie qui l’affaiblie, alors que Jésus parle de la réelle mort de Lazare. Alors il leur annonce clairement que leur ami est mort. Nous savons tous ce que la mort veut dire. Les liens de vie qui nous reliaient ne sont plus alimentés. Nous voyons un corps sans souffle qui n’est plus en capacité de parler, de rire, de nous regarder, de nous aimer. Nous sommes sans voix devant cette réalité qui peut nous angoisser, nous effrayer. Ce récit n’édulcore par la réalité de la mort car après quatre jours dans le tombeau le corps commence sa décomposition, il commence à sentir fort. Ceux et celles qui pensent que la foi chrétienne est une manière de faire abstraction de la mort se trompent. La foi chrétienne regarde la mort en face, elle l’affronte, elle sait que chaque individu va vivre cette coupure relationnelle avec tout le vivant qui l’entoure, qui l’habite. Et pourtant dans cette première halte, il y a une parole inspirée de Thomas le jumeau qui dit : « Allons-nous aussi pour que nous mourrions avec Lui ». Parole surprenante que ne prendra tout sons sens que lors de la mort de Jésus Christ où notre humanité mourra avec Lui pour vivre la réconciliation avec le Père. Mais n’anticipons pas trop ce qui va advenir. Une deuxième halte s’impose.

Deuxième halte. Marthe, la maîtresse de maison, va à la rencontre de Jésus. Marthe nous ressemble tellement. Dès qu’elle voit Jésus, Elle récite son catéchisme. Elle considère que si Jésus avait été près de Lazare il l’aurait guéri comme il en a guéri tant d’autres. Alors, elle se console en pensant à la résurrection à venir, même si cela est difficilement pensable, voire inimaginable. Alors, Jésus lui dit et nous dit cette parole étonnante : « Ton frère ressuscitera. » Marthe, surprise par cette parole de Jésus, lui fait comprendre qu’elle connaît bien son catéchisme : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour ». Il y a ici un décalage entre ce que dit Marthe et ce que dit Jésus. Nous vivons souvent dans des malentendus. On entend, par exemple une parole de son conjoint, nous croyons l’avoir bien entendu, alors qu’en réalité nous avons entendu que ce que nous voulions entendre. Il en est de même ici. Marthe entend ce qu’elle a appris, méditée, mais elle n’écoute pas vraiment Celui qui s’adresse à elle. Elle croit bien le connaitre ce Jésus qu’elle côtoie depuis plusieurs années. Arrive ce qui doit arriver. Ce décalage va s’amplifier lorsque Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en vue de moi, même s’il est mort vivra. » Jésus ici parle ouvertement de qui Il est. Il parle au présent. Parce qu’il est le Présent. Il est Celui qui est, qui sera et qui vient. Marthe parle d’un futur à venir. Qu’est-ce que nous lui ressemblons. Nous parlons nous aussi de cette belle Espérance à venir, même si, avec le temps cela nous semble de plus en plus loin, voir même de plus en plus incompréhensible. Jésus continu et dit : « Tout vivant qui met sa foi en moi ne mourra jamais » Pourquoi lui dit-il tout cela Jésus ? Pourquoi nous dit-il tout cela cet ami avec qui nous mangeons et échangeons lors de la Cène ? Pourquoi insiste-t-il tant sur cette question que la mort ne sera plus ? Ce questionnement est vite balayé par notre esprit. Pourquoi cela ? Parce qu’il ouvre une porte que nous n’avons peut-être pas envies de franchir. En effet franchir cette porte c’est comme l’a dit Thomas le jumeau mourir aussi. Mourir à tout ce qui nous éloigne, nous sépare, nous coupe de cette Vie qui vient de Dieu seul et qui se révèle en cet être humain Jésus, notre Seigneur. Alors nous sommes comme Marthe, nous continuons à réciter notre catéchisme : « Oui Seigneur moi, j’ai eu cette foi en toi, tu es le Christ, le choisi de Dieu, le Fils de Dieu qui vient dans le monde. » Tout cela est juste. Son catéchisme est parfait. Mais il y a un blocage chez elle comme chez nous. Ce blocage le texte grec le signale. Elle dit j’ai eu foi ou j’ai cru. Elle dit j’ai cru à Celui qui s’adresse à elle qui est le Présent de l’infini. Jésus lui parle dans le présent de Sa vie car il est la Vie. Il n’est ni un passé récent, ni un futur proche. Il est. Il est le présent, éternellement présent dans la vie de Marthe, comme dans la nôtre. Il attend de Marthe et de chacun de nous, un « je crois », un « j’ai foi en toi » ici et maintenant et non pas, un « j’ai cru. » La foi en Jésus est donc un présent permanent, perpétuel. Marthe suite à cette entrevue va donc prévenir sa sœur Marie : « Le maître est là, il t’appelle. » Lui dit-elle, nous dit-elle. Il nous appelle nous aussi.

Troisième halte

Marie s’approche de Jésus et tombe à ses pieds et dit la même phrase que sa sœur : « Si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort. » Marie qui symbolise dans l’Évangile selon Jean celle qui est à l’écoute de la Parole, qui médite les paroles du maître. Voilà qu’elle dit la même parole que sa sœur. Pourquoi l’évangéliste Jean nous relate-t-il cela ? Marie n’est donc guère différente de Marthe, comme de nous-mêmes. Elle voit en Jésus un guérisseur, un libérateur des âmes enténébrées et prisonnières de forces mal intentionnées. Elle a vu son agir, entendu ses paroles. Mais le connaît-elle vraiment ? Le connaissons-nous vraiment ? Nous cataloguons souvent l’autre de ce que nous percevons de son être, à travers ses actes et ses paroles, son regard. Mais pour autant sommes-nous-là pour réduire la vie d’une personne à ce qu’il fait ou dit ? Comment pouvons-nous réduire l’autre à ce que nous voyons et entendons de lui ? Et pourtant c’est ce que font Marthe et Marie tout comme chacun d’entre-nous. Mais voila que cette parole de Marie « Si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort » l’entraîne dans les pleurs ainsi que toutes les personnes qui l’accompagnent. « Jésus nous dit le texte fut violemment ému en esprit et il se troubla. » Une grande et profonde émotion nous sont décrites ici. Jean nous révèle l’humanité de Jésus qui est touché par les effusions de pleurs. Il mesure ici toute la blessure qu’occasionne la perte d’un être cher. Cette béance qui ne peut se refermée. Ce lien à jamais brisé et ne pouvant plus être alimenté. Mais, il y a plus ici, car nous dit le récit Jésus aimait, « Agapé » Lazare, Marthe et Marie. Jésus se troubla donc. Cette mort de Lazare annonce aussi la sienne à venir, il le sait. Il va vivre lui aussi cette mort car il va se faire péché pour l’humanité, il va prendre le péché du monde nous dit l’évangéliste Jean. Il y a de quoi être troublé devant cette mort qui l’attend, qu’il va devoir lui aussi traverser. Pas que Lui. Nous avec Lui. Nous en Lui comme l’a annoncé Thomas le jumeau sans nécessairement comprendre pleinement ce qu’il disait : « Allons-nous aussi pour que nous mourrions avec Lui ». Mais maintenant Jésus est là pour la gloire de Dieu car : « cette maladie de Lazare n’est pas pour la mort, dit-il, mais en vue de la gloire de Dieu afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. » Puis vient une parole assassine comme nous pouvons en dire de temps à autres. Devant tant d’émotions certaines personnes disent : « Celui qui a ouvert les yeux de l’aveugle de naissance, ne pouvait-il pas empêcher la mort de Lazare ? » Le sous-entendu est terrible. Lui qui est leur ami, qui les aime. Il n’a rien pu faire. A nouveau Jésus est violemment ému en lui-même. Telle est notre humanité dans toute sa splendeur capable d’une réelle empathie et dans la seconde qui suit capable d’un jugement sans appel. Il y a de quoi être ému profondément. Et d’accomplir ce qui doit-être accompli. Il est temps maintenant de vivre notre quatrième et dernière halte. Quatrième Halte. Cela fait quatre jours que Lazare son ami est mort. Jésus est devant le tombeau. Il dit d’enlever la pierre. Cette mort de Lazare préfigure la sienne. Il le sait. Marthe qui est à nouveau à côté de Lui s’inquiète. Elle a le sens pratique : « Seigneur il sent. » Oui, l’odeur de la mort est une mauvaise odeur. La seule bonne odeur sera celle du Christ ressuscité des morts. Alors Jésus Lui dit avec Amour, tendresse et rempli d’émotions : « ne t’ai-je pas dit que si ta foi est en moi tu verras la gloire de Dieu. » Marthe si prompte au dialogue ne dit plus rien. Tout son catéchisme a été revisité, et le nôtre avec elle, par la Présence aimante de Son Dieu. En effet, elle vient de réaliser et nous avec elle, que Celui qui Lui parle n’est pas seulement Celui qu’elle avait cataloguée comme le Christ, le Fils de Dieu. Il est le « Je suis » qui a parlé à Moïse, il est le Seigneur. Il est la Vie. Il est le présent de nos vies. Et voilà que maintenant Jésus, avant de réveiller Lazare de la mort, s’adresse à Son Père qui est notre Père. Il prend le temps de s’adresser ouvertement au Père pour que chacun réalise qu’il ne fait pas cela de son propre chef. Il révèle son intimité de Fils unique avec le Père. Puis il dit : « J’ai parlé afin qu’ils croient, qu’ils aient foi que tu m’as envoyé » : Il n’est qu’un envoyé du Père. Qui est-il vraiment cet être humain plein d’émotion et d’Amour ? Comment peut-il s’adresser à Dieu comme étant Son Père ? Si Dieu l’a vraiment envoyé, Lui qui a déjà guérit un aveugle de naissance, aurait-il le pouvoir de vaincre la mort comme certains prophètes l’on fait dans les temps anciens ? Dieu aurait-il décidé d’être si proche de nous en devenant l’un de nous par cet être humain ? Que de question dans le cœur de Marthe, de Marie, des personnes qui les accompagnent et de nous-mêmes. Il va se passer quelque chose tout le monde le sent, quelque chose d’impensable, d’inimaginable. Alors « Jésus cria d’une voix forte : Sors ! Viens ici dehors ! Il sorti. » Les gens avec Marthe et Marie ne disent plus rien. Ils n’en croient pas leurs yeux sûrement. Ne serions-nous pas comme eux ? Sans voix. Sans effusions. Personne ne peut commander à la mort de relâcher les morts de sa prison. Voila que Jésus le dit et le fait. Cet être humain qui a pour nom Jésus, qui vient de s’adresser à Dieu en le nommant comme étant son Père a pleine autorité sur la mort. Et il demande maintenant, en toute simplicité, de délier Lazare de ses bandelettes, de son suaire et de le laisser aller. Personne ne dit rien. Tous contemplent ce que Jésus réalise par Sa Parole. Et nous ? Amen.

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